Lire en terrasse…

Lire en terrasse…

Lire en terrasse…

Elle avait décidé de faire semblant d’être très absorbée dans son bouquin. C’est ennuyeux la timidité ! La vérité c’est qu’elle aurait adoré le regarder intensément, droit dans les yeux. Le regarder en laissant paraître son intérêt pour cette homme aux tempes grisonnantes et à l’allure intellectuelle. Au lieu de cela, elle s’absorbe dans son livre espérant ainsi attirer son attention. Quelle cruche ! Mais qui remarquerait une personne immobile, seule à une table, dans un bar plein où tout le monde s’agite ? Et puis qui lit encore des livres de nos jours ? On lit des articles sur son smartphone, des livres  numériques sur son appli préférée, mais des livres papiers, c’est dépassé, non ?

Peut-être… pourtant voilà le monsieur qui se lève, vient vers elle, jette un oeil au papier et dit : «j’ai beaucoup aimé ce livre, ça vous dirait d’en parler avec moi quand vous l’aurez terminé ?» Il lui laisse sa carte et s’en va. Elle, stupéfaite, reste là, bouche ouverte, muette, folle de rage contre elle-même de n’avoir rien pu dire et folle de joie qu’il l’ai remarquée. elle l’appellera dès qu’elle aura terminé sa lecture, c’est sûr !

Lever l’ancre

Lever l’ancre

Lever l’ancre

Lever l’ancre et voguer au hasard des flots. Se laisser porter par les vents, naviguer à contre-courant. Voilà la vie du marin amateur. Celui sur qui le temps n’a pas de prise. Le temps des horloges, comme disait Bergson. Celui des saisons, il vit avec, il vit dedans. Il prend son temps. Il observe le temps. Contraint par les éléments mais jamais par sa montre. Esclave de son bateau mais jamais du bureau. Certains et certaines le voient chanceux, libre. Comment se voit-il lui? Réfléchit-il même à cela : comment il se perçoit ? Pas sûr : il est l’heure de lever l’ancre, cela, c’est concret, ça lui parle. Savoir comment il se voit, il n’y pense pas…

Désir de toi

Désir de toi

 

Désir de toi

Je veux ton corps, je veux tes mains, je veux mon corps avec le tien. 
J'en peux plus d'te désirer, pourtant rien n'est à changer. 
Tel que nous sommes c'est tellement bon, un peu refuge, un peu prison. 
Sécurité et protection, foyer et exclusion de tous les autres, sans hésitation. 
Les mots me bercent et je les laisse se déverser avec passion. 
Envie de dire ces trucs débiles qui avec toi ne le sont pas. 
Mon homme, mon amour, mon idylle, toi et moi, tous les deux sur notre île. 
Face au monde, seuls contre tous, nous sommes solides. 
Face à tous, leur autre monde, de toi et moi nous sommes avides. 
Tu n'es pas là et je soupire, mon corps te veux, je te désire. 
Plus aujourd'hui, plus ici, plus à présent et pour tout l’temps ? 
Je ne sais pas et je m'en fous, ce que je sais, c'est maintenant. 
Aujourd'hui, je te veux toi, je te veux tout, je te veux tant ... 
Quelques jours seulement nous séparent de notre point de départ. 
En quelques jours rien n'est calmé, mes envies, ni mes envolées. 
Je te parle, tu m'écoutes, tu m'embrasses et je te goûte. 
C'est tout mon être qui ce matin est dans ma tête avec le tien. 
J'ai envie de toi à en crever, je me tortille, je soupire, quelle volupté ! 
Quand enfin je sentirai dans mon corps un peu du tien, 
Quand alors je laisserai aller le mien... 
Ce sera bon, ce sera grand, ce sera bien, ce sera puissant, 
Ce sera toi, ce sera moi formant un tout, un agrégat...
Je sais bien que rien ne dure, 
Je sais que cette flamme des débuts est vouée à mourir 
Mais tant que c'est là, tant que je peux, 
Je savoure ce rêve doux et heureux : 
Je suis à toi, tu es à moi, 
Rien ni personne ne nous arrêtera. 
J'ai envie de pleurer dans tes bras, 
J'ai envie de jouir avec ton corps, 
J'ai envie de rire, encore et encore. 
Ah ! Si seulement il était possible de garder ces moments, d'éviter le pénible... 
Mais rien au monde ne m'empêchera de me régaler de la douceur de tes bras. 
Je m'en fous que tu sois marié, c'est bien que tu sois pris, 
Car avec moi, tout à un prix... 
Je suis toute femme et pétillante 
Puis je suis flamme et emmerdante. 
Alors garde ta partenaire de vie mon amour 
Et ne fais rien pour moi car aujourd'hui je suis à toi 
Mais je ne sais pas si cela durera... 
Je te veux tout, je te veux toi et toi, tu dois te méfier de moi. 
Donne-moi ton corps, donne-moi ton âme, fais-moi vibrer, fais-moi crier 
Mais n'oublie pas que, comme un mirage, d'un coup, je peux m'évaporer!
Chaque parcelle de ma peau te réclame, depuis ce matin, je n'arrive pas à oublier.
Mes yeux se ferment, mon corps se tend, je suis avec toi pour un instant. 
Emporte-moi dans l'autre monde, celui où rien n'est à jeter, celui où tout est à créer. 
Viens avec moi en corps à corps, dansons ensemble sur nos accords. 
Je te veux tendre, je te veux dur, je te veux doux, je te veux sûr. 
Je me sens femme, je me sens belle, je me sens calme, je me sens celle 
Qui avec toi s'envolera vers là où tout est à la fois : 
Tendresse et violence, caresse et cadence, soupir et silence, plaisir et jouissance ! 
Partons ensemble à l'aventure au doux pays de la luxure. 
Viens avec moi oui je t'emmène là où rien ne nous fera de la peine. 
Tournons ensemble l'horloge du temps, arrêtons-nous, rien qu'un instant. 
Hors de ta vie ou de la mienne, offrons-nous de jolies scènes. 
Des moments forts, des moments doux, des moments rudes, des moments fous. 
Plus rien ne compte, plus rien n'existe, seul.es toi, moi, nos envies, persistent. 
Nous dessinons à l'encre de nos corps la joie de l'amour sur les draps de nos accords. 
Bientôt nous nous donnerons l'un à l'autre, 
Bientôt notre tendresse, nos rires, nos regards se mêleront 
dans le feu de l'amour que nous ferons. 
Je t'attends et je ne suis pas pressée, 
je te veux maintenant et je souris à l’idée de patienter. 
Merci pour tout, merci pour toi, merci pour ça, je suis dingue de toi!
14 avril 2021, Spiralex
Un humain qui cause…

Un humain qui cause…

Un humain qui cause…

J’ai de la chance dans ma vie : j’ai un toit sur ma tête, je mange à ma faim, j’ai de l’électricité et le tout à l’égout tous les jours à ma disposition. Je peux facilement me déplacer. J’ai accès à de la nourriture dans des magasins proches de chez moi. Je peux facilement conserver et cuisiner ma nourriture. Je peux boire l’eau qui sert à la chasse de mes toilettes. Je fais partie des humains privilégiés, des même pas 10% des êtres humains de ce monde et des même pas 0,1% des vivants de ce monde qui vivent bien tranquillement. Le prix de tout cela, le prix physique de mon confort j’en ai à peine conscience. Je ne réalise pas le travail nécessaire à la fabrication du pain que j’achète, de la chaise, du vêtement, du matériel informatique, hifi, électro-ménager. C’est tellement facile d’accès, cela m’est présenté comme le minimum de base à avoir pour être confortable. J’ai des routes, des bus, des écoles, des universités, des bibliothèques, des théâtres, des hôpitaux à moins d’une heure de chez moi. J’ai des publicités dans la rue, à la radio, à la télévision, sur internet dans les magasines, dans ma boite aux lettres, qui me montrent des êtres humains plastiquement parfaits, retouchés pour ne ressembler à personne, ou à des dieux et déesses grecques peut-être, qui sont associés à des produits, à des services. Alors mon cerveau met un lien de causalité là où il n’y a que concomitance : si j’ai cela alors je serai comme ça. Si j’achète ce produit alors je serai proche de cet état de perfection visuel et émotionnel.

Oui ça fonctionne, la pub ! Les images, les films, les écrans, le divertissement : ça nous montre autre chose que ce que nous vivons, cela nous fait rêver, en bien ou en mal. Nos émotions sont sollicitées à la perfection. C’est beau une pub pour une assurance, ça fait envie une pub pour un voyage, ça a l’air trop cool les pubs pour les voitures et qu’est-ce qu’elles sont belles les femmes des pubs pour les bijoux ou les hommes dans les pubs pour les parfums. Oui c’est beau, ça fait rêver parce que ça n’est pas la réalité. Dans la vraie vie, il faut des matières premières et de l’énergie pour fabriquer absolument tout : une fourchette, une chemise, un tabouret, un ordinateur, une voiture, un camion, un trombone. Ça ferait moins envie si pour nous vendre quelque chose il fallait nous montrer ce qu’il coute physiquement. Il faut extraire ces matières premières et pour cela il faut de l’énergie, pour faire fonctionner les machines qui extraient ces matières. Avant cela il a fallu des matières et de l’énergie pour fabriquer les machines qui extraient les matières et les produits bruts qui seront utilisés pour produire l’énergie, quand ce ne sont pas des esclaves humains, parfois très jeunes, qui sont utilisés pour extraire les métaux. Ça n’est pas sexy, beau, bandant et hyper romantique l’économie dans laquelle nous vivons. C’est dévastateur, immorale, inhumain, c’est tellement horrible que s’y intéresser trois secondes donne juste envie de vomir. Alors on ne regarde pas, on continue à regarder nos écrans, moi comme les autres et on jouit, plus ou moins fort, mais on jouit, on profite, en attendant que la mort arrive tout en l’aidant un peu. On fume, on boit, on conduit des voitures bien rapides et grosses et polluantes, on mange de la viande deux ou trois fois par jour et tout ça en se sentant parfaitement bien avec nous-mêmes. On pratique des sports extrêmes, on admire des aventuriers qui risquent leur vie à l’autre bout du monde, des pilotes qui foncent en voiture ou en moto autour d’un circuit, ces astronautes qui partent dans l’espace, des sportifs qui gagnent des millions, des influenceuses qui nous apprennent la vie et nous disent quoi acheter. C’est beau et terrifiant à la fois.

C’est beau parce que n’avoir envie que de perfection visuelle et d’une vie de confort et de détente ça n’est pas être un parfait connard et c’est déjà bien et rassurant que la majorité d’entre nous n’ait pas envie d’être un parfait connard ou une parfaite connasse. Moi ça me fait du bien en tout cas de voir cela. La majorité d’entre nous sommes des gens sympas. Nous voulons passer du temps avec nos familles, nos amis. Nous aimons rire, lire, chanter, danser, discuter. Nous aimons aimer, faire l’amour et nous amuser. D’ailleurs c’est une bonne chose puisqu’à ma connaissance le consensus scientifique en neuro-science dit que c’est en s’amusant que nous apprenons le mieux : si ce que nous apprenons nous fait envie, nous amuse, si la façon dont nous l’apprenons nous excite, alors nous aurons envie d’en savoir plus et nous retiendrons plus facilement. Et ça c’est vraiment bandant ! C’est ce qu’il y a de plus génial dans une économie qui fonctionne bien : tout le monde est gagnant. Par exemple avec une connaissance, si je la partage alors j’ai toujours cette connaissance et la ou les personnes à qui je l’ai transmise l’ont aussi. C’est différent avec l’économie du commerce avec échange de monnaie ou le troc. Si je te donne de la monnaie en échange d’un objet ou d’un service, je n’ai plus la somme que je te donne et j’ai autre chose en échange. Idem pour le troc. C’est un système où pour avoir quelque chose je dois en abandonner une autre. Ça n’est pas le cas avec la connaissance, je ne dois renoncer à rien et en plus, si j’aime ça, je gagne également au moment de partager cette connaissance le plaisir de la transmission. Le revers de la médaille c’est qu’on peut être super fun, paraître dire des trucs qui tiennent la route et baser ses dires sur rien, dire des mensonges, des bêtises ou pire appeler à la haine et la peur du différent et comme c’est excitant ça marche. Une fausse information se propage beaucoup plus vite qu’une vraie et est beaucoup plus complexe à stopper. Par défaut si je crois qu’il y a un complot ou que je vois la personne qui me parle comme hostile, qu’on me cache des choses, si quelqu’un essaie de me démontrer que j’ai tord, je ne l’écouterai pas. C’est normal, c’est humain, c’est chiant, c’est comme ça.

La connaissance ça demande du temps, de la patience, c’est parfois dure, mais cela apporte une satisfaction qu’une phrase de 150 caractères ne fournira jamais. Aurélien Barrault a récemment appelé à sortir de Tweeter, pour moi c’est facile, je n’ai jamais ouvert de compte Twitter. J’aime écrire, j’aime parler, je suis volubile à l’écrit comme à l’oral. L’idée d’arriver à dire quoi que ce soit qui vaille la peine d’être lu ou partagé en moins de 140 caractères m’a toujours parue totalement saugrenue. Mon demi-siècle fait certainement de moi une vieille personne, incapable de comprendre l’intérêt de partager la photo de son dîner, ses photos de vacances, ou des vidéos de soi en train de parler de… rien sur une plateforme en ligne. C’est l’inconvénient d’avoir un peu de connaissances : cela nous met face à l’immensité de notre ignorance. Comme le dit Etienne Klein dans ‘Le goût du vrai’, pour se savoir ignorant il faut en connaître un peu. Si je ne connais rien d’un sujet, je ne sais même pas que ce sujet existe, je ne sais donc pas que je ne sais rien de ce sujet dont j’ignore l’existence. Je ne peux donc pas savoir que je suis une personne ignorante en la matière. J’ignore que j’ignore, en quelque sorte…

Alors oui je partage sur une plateforme numérique qui appartient à un groupe qui choisit d’investir dans l’irréalité virtuelle tout en dénonçant le monde dévastateur que ce type d’entreprises a mis en place. Amnesty International a annoncé que la responsabilité de Facebook dans l’amplification de la haine contre les Rohingya qui a conduit a des massacres horribles avait été démontrée. Je n’ai donc de leçon a donner à personne et c’est normal. En tant qu’individu, personne ne peut porter la responsabilité ou la charge de modifier à lui seul un système. Quand le problème est systémique, la réponse doit l’être également. Nous pouvons tous et chacun individuellement faire de notre mieux mais si le système mondial d’utilisation à outrance des métaux, des énergies fossiles, la production de masse de nourriture, de vêtements, de moyens de transports, l’extermination du vivant dans son ensemble (végétale et animal), la pollution qu’il engendre qui dévaste l’eau, les océans, l’air, et produit tellement de déchets qu’un continent de plastique vogue sur l’océan, si ce système ne change pas, alors nous nous dirigeons vers un triste avenir.

Cet avenir semble d’ailleurs politiquement et socialement s’orienter vers : allez bien tous vous faire foutre les pauvres, les personnes sans domiciles, les malades, les handicapés, les migrants, les pas comme nous en pensée, en couleur de peau ou en forme de la moustache. Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées. Ah ben ouais ! Ça sent bien la merde quand même quand majoritairement dans le monde les gens se butent pour savoir où est la ligne qui sépare un pays d’un autre, quelle religion est mieux qu’une autre, quelle couleur de peau vaut mieux qu’une autre. Alors que tout ça et bien en fait on s’en bat l’oeil complètement quand l’endroit sur lequel on vit tous va super mal mais vraiment, vraiment, vraiment super mal. On fait une pause sur des trucs sans importance vitale immédiate, physique, genre des lignes imaginaires, des croyances personnelles ou des détails anatomiques et on fait ce qu’on sait très bien faire : on travaille ensemble et on se bouge le cul pour trouver une façon acceptable par la majorité de la planète pour continuer à pouvoir jouir de la beauté d’un ciel avec des oiseaux, de la fraicheur d’un air sain à respirer, du confort d’un lieu de vie en paix.

Guillaume Meurice dit qu’il est très facile de rire de ce qu’Aurélien Barrault appelle la méta-catastrophe actuelle. Il dit en substance : nous nous considérons comme l’espèce la plus intelligente que cette terre ait jamais portée, nous savons depuis 50 ans que nous courons à notre perte et nous continuons à courir, c’est tout à fait risible. Il a raison mais putain qu’est-ce que ça fait chier et qu’est-ce que c’est triste bordel ! Mais comment ça se fait que ça ne nous rend pas collectivement malades qu’en quelques années nous ayons éradiqués 2/3 des insectes, en quelques décennies nous ayons éradiqués les 2/3 des mammifères sauvages, qu’en quelques millénaires nous ayons éradiqués les 2/3 des arbres ! Allez, soyons cyniques, même si on se disait que putain, quelques branches, trois insectes et 2 trucs exotiques de moins, on s’en fout un peu, il y a quand même plusieurs centaines de milliers d’êtres humains qui décèdent chaque année en Europe à cause de la pollution ! C’est proche ça quand même, l’Europe, les êtres humains, tout ça, c’est du ‘à côté’, c’est du ‘comme nous’ bordel ! Non ? Et même ça on s’en fout. C’est dingue ! Notre mode de vie détruit notre monde et nous tue en masse mais nous continuons, tranquilles.

Même l’O.N.U., organisation internationale quand même, dit que l’humain est face à un danger existentiel. C’est pas rien existentiel ! on est d’accord ? Ça veut dire que notre vie à tous est en jeu ! Et il y a quand même encore des personnes pour dire des trucs du style : ouais mais faut pas faire peur au gens, la peur c’est pas motivant. Alors si, en fait, la peur ça motive. Quand il y a des dangers immédiats genre tsunami, tornade, ouragan ou je ne sais quoi, les humains savent très bien s’unir, se mettre d’accord pour agir collectivement. Voir Covid-19 : le monde entier a été d’accord pour tout arrêter d’un coup. Donc prendre des mesures radicales au niveau mondial, c’est possible. Seulement il faut s’y mettre, il faut que quelqu’un commence et que ça se propage, la valeur de l’exemple ça marche aussi, voir droit de vote, droits des femmes, droits des minorités religieuses, ça a progressé dans le monde même si c’est encore bien, bien, bien désastreux à beaucoup d’endroits. Alors pourquoi pas la France ? C’est vraiment après tout ça devrait nous faire collectivement envie une révolution, non ? Un changement radical ? Alors pas dans le sang, sinon c’est pas sympa mais la convention citoyenne a montré que lorsque des gens pris au hasard sont informés sur ce qui est physiquement en train de se passer dans le monde, ils prennent de bonnes décisions pour que collectivement ça ne nous retombent pas trop sur la gueule. Ben oui parce que quand tu chies partout, y a un moment où ça commence à puer vers chez toi aussi. Et ça c’est le climat et la réduction des quantités d’énergie fossiles disponibles. Des limites physiques quoi. Puisque la limite de la pollution des eaux, de l’air et des sols ainsi que la disparition du vivant ne fait bouger personne ben le processus continue. Ça n’a rien de mystique, c’est physique. Lorsque qu’un éco-système est perturbé, c’est tout un processus qui est perturbé. Le processus est d’abord en instabilité, puis il craque. L’instabilité se constate facilement, nous la constatons, la mesurons depuis des décennies, prédire le moment du crash, c’est plus compliqué. Bref, nous avons physiquement moins de pétrole, de gaz, de charbon, de métaux à notre disposition alors qu’on le choisisse ou non on va devoir se calmer et vite.

Donc, c’est la merde mais tout le monde le sait et comme je suis d’un naturel optimiste, je veux croire qu’on va politiquement, économiquement et socialement se sortir les doigts du cul et que ce qui va devenir symboliquement merveilleux ne sera plus le ou la milliardaire avec ses douze villas et ses 200 voitures mais celui ou celle qui a une vie simple, qui sait nourrir son esprit de connaissances et ses sens de beauté. Saisissons cette chance de réapprendre à apprécier la beauté d’un jardin, des fleurs, des feuilles mortes de l’automne, des arbres, des roches, des montagnes, des animaux, l’incroyable dextérité des insectes, la douce mélodie des oiseaux, les bruits de la nature qui dérangent parfois et sont chaotiques, bien sûr, car le chaos c’est la vie. Le chaos au sens d’une production d’un vivant radicalement différent et non la reproduction du même. Le clonage physique ou culturel est pauvre, la diversité nourrit. Et la diversité ça peut heurter, emmerder, puer mais ça peut aussi être magnifiquement surprenant, fantastiquement créatif et nous éblouir, tout simplement et tout magnifiquement complexement (ouais, je sais, complexement ça n’existe pas mais ça devrait la beauté c’est complexement simple, c’est le radicalement surprenant et imprévisible). Pourquoi ne pas découvrir la jouissance de la chaleur du soleil sur notre peau, la sentir physiquement dans l’instant et non en témoigner par une photo pour la postérité. Savourer la sensation du vent ou de la pluie et non immortaliser un moment qui n’est beau qu’en ce qu’il permet de vivre et non par ce qu’un instantané ou une reproduction peut en dire? Et si nous allions à la rencontre, à la découverte bien souvent, de ce qui est à côté au lieu de ne voir de l’intéressant et de l’exotique qu’à l’autre bout du monde ? Il est certain que pour une personne employée dans une banque, une ferme paysanne est très exotique au sens d’une réalité radicalement autre. Il y a du beau là où nous choisissons d’en voir. Il y a de l’agréable là où notre attention se porte. Prenons le temps de voir, de sentir le monde où nous sommes. Et surtout, surtout partageons !

A partir du moment où nous avons tous le minimum, ceux qui ont plus doivent évidemment redonner plus à la communauté. Ça n’est pas la faute de l’aide soignante si son salaire est inférieur à celui d’un trader, ça ne veut pas dire qu’elle ne mérite pas autant que lui un toit sur sa tête, de la nourriture saine, un quotidien confortable. Elle travaille tout autant et peut-être plus que lui, elle est physiquement, pratiquement plus utile à la société que ce dernier et pourtant elle gagne moins que lui. N’est-ce pas bizarre ce monde où les métiers les moins directement utiles sont les plus rémunérateurs ? Est-ce que Monsieur Bernard Arnaud vaut plus de 100 milliards de dollars en tant qu’individu ? Pourquoi ? Est-ce qu’il contribue à titre personnel pour une valeur de 100 milliards ou plus? Comment se fait-il que nous ayons collectivement été d’accords pour laisser se mettre en place un système où un individu peut posséder plus de 100 milliards de dollars ? C’est d’une telle indécence ! Et c’est tellement dangereux ! Et c’est tellement stupide aussi ! Si l’on considère l’argent comme une ressource commune, comme l’eau ou l’air par exemple et que la quantité d’argent disponible est considérée comme un flux physique, c’est totalement stupide de créer des goulots d’étranglement de la quantité de matière disponible, cela favorise une petite minorité au dépend du plus grand nombre. Imaginerions-nous faire cela avec l’eau par exemple ? On laisse 10 personnes dans le monde posséder la moitié de toute l’eau disponible. Ben non ! Ça pique, forcément. Avec l’argent, si, on le fait pas de problème ! On a inventé un truc pratique pour éviter d’avoir à apporter 10 kilos de patates en échange d’un mouton et maintenant on se retrouve à devoir bosser comme des chiens dans un boulot majoritairement pas choisi, mal payé et même s’il est choisi, il est mal payé quand même.

Le salaire médian en France en 2022 est environ de 1900€. La moitié des gens qui travaillent en France gagnent moins de 1900 euros par mois… Ben moins de 2000 balles par mois en 2022 c’est pas l’opulence non plus. Environ 70% des gens en France gagent moins de 2500€ par mois. Et par rapport à plus de 100 milliards c’est super ridicule ! Je ne sais plus exactement à combien de milliards s’élève la fortune de Monsieur Bernard Arnaud et cette information me semble tellement insignifiante que je n’irai pas vérifier. Imaginons qu’il possède 140 milliards d’euros en son nom propre. Il y a environ 25 millions de salariés en France en 2022. Imaginons que tout le monde gagne 2500€ par mois. Faites un rapide calcul et vous verrez que dans cette hypothèse, Monsieur Bernard Arnaud peut payer 25 millions de personnes à 2500€ par mois pendant deux mois entiers et il lui reste encore un peu plus de 10 milliards pour continuer sa route. Bien sûr ça n’est pas tout à fait comme ça que ça se passe puisqu’une grande partie de sa fortune est en actions, mais quand même, symboliquement le calcul reste valable : il peut donner 5000 balles demain matin à 25 millions de personnes et il lui restera encore plus de 10 milliards… C’est fou, non ? Enfin je veux dire si demain matin 25 millions de personnes recevaient 5000€ elles seraient très contentes et il me semble raisonnable de dire que n’importe quel individu normalement constitué peut vivre une vie confortable en possédant plus de 10 milliards d’euros. Personne ne souffre physiquement dans cette hypothèse, je ne souhaite de mal à personne en disant cela. L’intégrité physique de tous les protagonistes de l’histoire reste intacte, on est d’accord? Mais bon cocorico, c’est un français qui est le plus riche du monde parce que Monsieur Elon Musk a décidé d’acheter Twitter 44 milliards de dollars (ou d’euros, je ne sais plus, et puis ce sont des chiffres tellement énormes, plus ou moins quelques milliards, ça ne change pas l’ordre de grandeur) alors maintenant il faut qu’il paie, et oui, il faut sortir la caillasse maintenant Elon !

Alors oui il y a des mots grossiers dans ce texte, oui je ne suis personne et certainement pas un exemple, mais qu’est-ce que ça fait du bien de balancer un peu de ma colère, ma tristesse et mon naïf espoir en mots ! Parce que c’est vraiment le seul impact qu’aura ce petit texte : me faire un peu de bien pendant quelques heures, et c’est déjà ça ! Bisous et sobriété ! Spiralex.

Souvenirs de troisième…

Souvenirs de troisième…

Vendredi 28 juillet 2000, TGV Paris

Je suis fatiguée, cette journée a été dure, forte en émotions, je n’aime pas ce bruit de fond de cet enfant qui parle, je voudrais du calme, du silence. Mais je suis dans un train. Normal qu’il ne se passe pas uniquement ce dont j’ai envie.

De quoi ai-je envie? De me livrer sur mon présent. A force de raconter mon passé, je finis par oublier ma vie actuelle, oublier de voir qu’il me faut faire un choix : changer de travail. Mais est-ce vraiment le problème ce « travail »?

J’ai l’impression d’attirer et d’être attirée par trop de personnes différentes. Les années passent, les hommes avec, et chaque fois la douleur est plus forte. Chaque fois l’espoir était plus grand, chaque fois le cœur saigne un peu plus. J’ai besoin d’amour.

J’ai besoin de l’amour qui grandit, qui fait battre les cœurs un peu plus à chaque rencontre, à chaque découverte. Celui dont on ne se sépare plus car il est partagé. Un amour profond sincère, ni ravageur, ni esclavagiste. Ce sentiment merveilleux qui transforme les yeux aimés en refuge, en âtre bienfaitrice. Je rêve encore et toujours de perfection dans le sentiment amoureux.

Je suis seule dans le wagon, le TGV de 19h35 m’emmène vers la capitale, vers Claire et loin de Stéphane, encore un autre homme dans ma vie. L, L et F : les trois premiers. Maintenant que j’essaie de me rappeler les prénoms de tous, je vois que j’ai du mal : ces garçons avec lesquels j’ai flirté de 12 à 18 ans, je ne me les rappelle pas tous.

Le première fois que j’ai taillé une pipe à un mec, j’avais 15 ans. J’étais en 3ème, au collège, et j’étais dans une soirée… chez JC… Pendant quelques mois il avait été mon meilleur ami, nous passions de longs moments ensemble, à la récré ou à midi. Nous nous entendions bien. Puis, ce samedi-là, je suis passée chez lui et nous nous sommes embrassés. Je ne me rappelle pas de la sensation que m’a procuré sa langue dans ma bouche, mais je me rappelle que nous sommes allés dans la chambre de ses parents, un grand lit blanc. J’avais mes règles et la séance de tripotage manuel a vite pris fin lorsque je lui ai dit : « je ne mettrais pas ma main là, à ta place, si je n’avais pas envie de la voir ressortir toute rouge ». Le message était bien passé, le jeune homme s’est allongé sur moi et a commencé à bouger, à remuer, bref à se masturber avec mon corps.

J’étais passive, inerte, je regardais cet enchevêtrement de corps de dessus et je méprisais l’adolescent qui s’agitait sur moi : je me demandais comment il pouvait se mettre dans des états pareils, je trouvais cela ridicule, je me trouvais plus forte que lui. Plus tard, je suis partie.

Le soir même il me semble, soirée chez lui. Je le vois au cours de la soirée avec une autre fille, enlacés. J’ai mal et je m’assois. Sur ces entrefaites arrive l’étudiant vétérinaire, le cousin d’un des lascars de ma classe. On discute. Il doit partir. Il me dit : « tu sais, je n’ai pas pu m’empêcher de regarder tes jambes ». Je lui réponds je ne sais quoi, mais je sais que je me suis sentie flattée : j’étais en jupe, même à l’époque, ça n’était pas si fréquent, j’étais contente que quelqu’un le remarque.

Il part, il me demande s’il doit revenir, ma réponse lui fait penser que cela me ferait plaisir, c’était vrai. Il est revenu et, je ne sais trop comment, nous nous sommes retrouvés dans les toilettes. Première porte, petit couloir, seconde porte.

D’abord, je me suis assise sur la cuvette, il était en face de moi. Il m’a enlevé mes collants, ma culotte, a mis sa tête entre mes cuisses et m’a fait jouir. J’étais contente : les garçons de mon âge prenaient rarement la peine de s’occuper de mon plaisir. Ensuite, debout devant moi, avec son sexe dépassant de sa braguette, il a pris ma main et ma demandé si j’avais déjà fait ça. Non, jamais.

Pendant qu’il me caressait, il avait été très doux avec moi, avec ses doigts et sa bouche, il avait réussi à me mettre suffisamment à l’aise pour que j’arrive à l’orgasme. J’étais sous le charme. Après la peur du moment où j’avais pris ses doigts pour son sexe qui me pénétrait, il m’avait tout de suite rassurée, il avait une vois douce. Il me faisait du bien.

Avec ma main, je commençais à le masturber, doucement, sensuellement, je voulais que cela soit agréable pour lui, même si je ne me sentais pas très à l’aise. Puis avec ses mains il a approché ma tête et ma bouche a rencontré son gland. Il me disait que mes mains étaient magiques, il me disait : « Oh! c’est tellement bon! » et moi je continuais. A un moment, la première porte, qui aurait du être fermée à clé, s’est ouverte : un « copain » de classe voit le spectacle. Il est mis dehors immédiatement, mais pas assez vite pour ne pas me reconnaître. La porte se ferme.

Une fois l’orgasme passé. Il me demande encore une fois si j’avais fait ça avant, il semblait impressionné par ma « technique », persuadé que j’avais de « l’expérience »… je ne l’ai jamais revu.

Lundi matin, au collège, le « copain » a accouru vers moi depuis l’autre bout de la cours et m’a mis une claque magistrale en me traitant de pute. Je suis restée tout le reste de la récré dans les chiottes. Je pleurais et pleurais et pleurais… de honte, de douleur, de fierté blessée. Mais il a bien fallu retourner en classe, devant tout le monde.

J’étais déléguée de classe en 3ème. Mon prof principal était celui de français, ma prof de physique… une fille pas aidée… Lors des classes en petits groupes, une quinzaine d’élèves, c’était toujours le boxon, systématiquement : discussions dans tous les coins et moi comme les autres, pas plus, pas moins. Régulièrement, elle collait une heure de colle à l’un ou l’autre des bavards, mais il fallait en général deux ou trois heures de colles « notées » pour être gratifié d’une véritable heure concrète, seule dans une pièce, avec un pion et parfois un autre compagnon de galère.

Un jour, ce fut moi la bavarde de trop. Je rejoins la longue liste des punis virtuels.

Un peu plus tard, le conseil de classe. Moi, toujours aussi diplomatique, mentionne, lors de cette réunion, devant tous les profs, le fait que les cours de physique ne se déroulent pas vraiment en tout sérénité. Conséquence? Mon heure de colle virtuelle se transforme en sanction immédiate : madame a estimé que puisque je n’étais pas indulgente avec elle et ses cours, elle n’avait pas à l’être avec moi. Je suis allée voir mon prof principal, je lui ai dit que je démissionnais : à quoi me sers d’être déléguée de classe si je ne peux pas dire la vérité sur les cours? Il m’a expliqué que, parfois, les choses ne sont pas toujours simples, en gros, qu’il faut savoir ouvrir sa gueule gentiment et que, même si on a raison, il me restait à apprendre la forme. Il m’a convaincue, je suis restée.

Vous aimer… malgré tout…

Vous aimer… malgré tout…

Vous aimer… malgré tout…

C’est dur de vous aimer, malgré tout ce que vous pensez… J’aime les gens, je les trouve beaux, intelligents. Vous vous méfiez de tout le monde, sauf de ceux qui vous ressemblent. Je suis convaincue de la force de l’État, de son pouvoir décideur, protecteur. Vous voulez le ‘laisse-faire’, évoquez le ‘mérite’, le ‘ruissellement’, des mythes. Je trouve qu’il est juste et logique de payer selon la taille de son pécule, je suis choquée par l’évasion fiscale, ne comprends pas comment l’optimisation fiscale peut être légale, et vous le pratiquer, trouvez cela normal. Je base la majorité de mes croyances sur la science, car c’est, à ma connaissance, ce qui se rapproche le plus de la vérité factuelle, j’écoute, je m’informe, j’apprends du consensus scientifique, quelque soit le domaine : histoire, sociologie, psychologie, économie, physique, biologie, neurologie, virologie, climat, et cætera. Vous vivez sans sourciller sous le règne de l’opinion, ce que vous croyez, sans le questionner, vous en chercher la validation chez des pseudo-journalistes qui ne véhiculent que leur point de vue au détriment de tous les autres.

Vous pensez que vous avez réussi seuls, sans personne pour vous aider, sans voir l’école, le pays dans lequel vous vivez, l’éducation de vos parents, le confort dans lequel vous viviez comme des privilèges, des aides fondamentales et exceptionnelles. Vous pensez que les personnes sans emplois sont majoritairement des fainéants qui ne font aucun effort pour travailler. Vous pouvez dire, sans que vos propres mots ne vous rendent malades, que ceux qui estiment ne pas gagner assez d’argent n’ont qu’à prendre deux emplois sans réaliser une seconde que c’est le cas pour beaucoup de personnes très mal payées, d’une part, que le corps humain à ses limites, d’autre part et sans, enfin, vous rendre compte de ce que cela veut dire de gagner moins de 1700€ par mois, ce qui est le cas de la moitié des personnes recevant un salaire dans notre pays. La quantité d’argent dont vous disposez vous permet d’acheter tout ce que vous voulez, le nécessaire à pris d’or, le superflus et plus encore, sans jamais compter, sans jamais vous limiter et vous penser que cela vous le devez à votre travail uniquement, à aucun moment vous ne voyez d’injustice dans tout cela : le fait que vos salariés gagnaient dix fois moins que vous ne vous choque pas car pour vous ‘le risque’ c’est d’investir dans une société. Le fait de porter des charges lourdes, de travailler 35h par semaine pour à peine 1000€, le stress qui en découle du fait qu’il est presque impossible de payer ses charges fixes et de manger sans finir le mois dans le rouge ne vous effleure même pas. Cela vous choque si je vous dis que perdre de l’argent n’est pas un risque puisqu’à aucun moment votre corps, votre santé n’est mis en danger, cela vous choque si je vous dis que celui ou celle qui travaille pour très peu d’argent est physiquement, matériellement, réellement en danger mais pas celui qui investi de l’argent.

Pour vous je suis une extrémiste de l’ultra-gauche parce que j’estime qu’il est révoltant, choquant, immonde qu’il soit permis à des individus ou des entités privées de posséder des milliards, que ce genre de montant ne devrait être légal qu’entre les mains d’un État et au bénéfice du commun. Cela vous fait peur, vous vous sentez menacer personnellement alors que vous êtes loin, vraiment très loin de boxer dans cette catégorie bien qu’elle vous fasse, apparemment, tellement envie! Vous croyez encore à la théorie du ruissellement, ce mythe démenti scientifiquement, factuellement depuis des dizaines d’années qui voudrait qu’en laissant les plus riches accumuler sans restriction ils vont, par leur consommation, faire ruisseler leur argent vers les moins riches : ça ne marche pas comme ça! La réalité c’est que nous avons collectivement laissé des multinationales, des individus s’enrichir au-delà de tout ce qui est imaginable pour 99% d’entre nous et que les inégalités de richesse de sont creusées : les pauvres sont un peu moins pauvres qu’avant mais les riches sont tellement plus riches que l’écart entre eux s’est énormément creusé. Le ruissellement est un mythe, et vous y croyez encore, alors vous accumulez et vous dépensez, sans compter, en vous pensant ainsi bons citoyens, vous croyez accomplir votre devoir, réaliser la mission qui vous a été confiée.

Et bien sûr, pour vous conforter dans votre croyance, il faut que les écologistes soient tous des cons, des emmerdeurs, des tarés qui nous emmerdent pour rien avec leur théorie fumeuse de réchauffement climatique, de perte de biodiversité, de pollution, de diminution des matières premières disponibles : il faut produire, vendre, s’enrichir et continuer comme ça, sans réfléchir, ou alors juste réfléchir à comment faire pour continuer de produire, vendre, s’enrichir. Pourquoi? Parce que le capitalisme à sorti les gens de la misère, parce que c’est l’argent qui permet aux gens d’être heureux et que plus l’économie croit, mieux c’est et vive le PIB! Sauf qu’une fois de plus, la science vient démonter vos croyances mais vous ne l’écoutez pas : oui dans un pays où l’éducation, la nourriture et la pauvreté sont le lot quotidien, la croissance économique permet d’améliorer le confort de chacun mais une fois que plus ou moins tout le monde à un toit, de quoi manger, l’accès à l’école, à l’eau potable alors la croissance du PIB n’amène plus rien, voir même elle plombe la population. Autrement dit atteindre un minimum de PIB pour que la population soit logée, nourrie, qu’elle ait un tout-à-l’égout, accès à un système de santé, à l’instruction, oui, mais après continuer de croitre en PIB ne fait qu’engraisser les plus riches et stresser, emmerder, enfoncer les autres.

Si vraiment il suffisait d’avoir une croissance permanente du PIB pour être bien en tant que peuple, la France faisant partie des premières puissances mondiales serait un paradis sur terre, c’est loin d’être le cas! Non pas parce que les français sont des râleurs mais parce que concrètement, matériellement, physiquement la majorité des français ont un travail qu’ils n’ont pas choisi (quand ils en ont un), qu’ils doivent à tout prix garder ce travail car ils sont obligés, pour survivre, de payer pour leur logement, pour assurer leur logement, de payer pour leur nourriture, pour l’eau potable, pour la gestion de leurs ordures, pour le chauffage de leur logement, pour l’éclairage de leur logement, pour leurs vêtements, pour leurs déplacements… Bref, chaque pas qu’ils font dans la vie est payant et le travail qu’ils ont leur permet à peine de couvrir tous les frais que la vie dans cette société moderne, contemporaine leur impose. Et en plus, comme ce développement économique s’est fait sans aucune réflexion maintenant il faut avoir une voiture mais il faut culpabiliser d’avoir une voiture, il faut s’acheter à manger mais il faut culpabiliser d’acheter des produits emballés qui créent des tonnes de déchets, il faut avoir un logement mais n’avoir aucun choix quant au loyer payé pour se loger, etc… Et vous, qui avez le choix, qui baigner dans le confort, le luxe, qui jamais n’avez besoin de compter, vous pensez être privilégiés parce que vous le méritez, parce que vous avez fait ce qu’il faut pour en arriver là. Mais s’il suffisait de travailler beaucoup pour vivre confortablement, alors les infirmières qui travaillent bien plus que 35h par semaine seraient milliardaires, s’il suffisait d’avoir du mérite pour être reconnu alors les éboueurs grâce auxquels nous vivons dans un monde où nous pouvons ignorer nos déchets alors que nous en produisons des tonnes, seraient les rois du monde et recevraient notre éternelle gratitude. Si avoir deux boulots permettait d’être financièrement confortable alors les personnes qui font le ménage dans plusieurs sociétés de nettoyage gagneraient suffisamment bien leur vie pour pouvoir s’acheter ce qu’elles veulent, sans réfléchir. Mais ça n’est pas comme cela que le monde est, vous le savez et pourtant vous restez dans vos croyances, pourquoi?

Je crois que vous êtes terrifiés à l’idée que tout ce sur quoi repose votre système de pensée soit faux, irrationnel, irréel, alors vous m’en voulez, oui, vous m’en voulez terriblement de vouloir vous ouvrir les yeux. Vous me traitez moi d’incohérente : ben oui, me dites-vous, si vraiment tu étais cohérente avec tes idées d’extrême gauche, alors du donnerais tout l’argent que tu as à des pauvres et comme ça tu serais comme eux, et là tu pourrais vraiment parler, parce que c’est facile de parler de la misère des autres quand on n’a pas à aller à l’usine. C’est vrai, grâce à l’argent que vous m’avez donné, j’ai la chance d’avoir pu travailler pendant 12 ans dans la société que j’avais créé, sans jamais me payer, sans jamais gagner d’argent avec cette société, sans en perdre trop non plus sinon je n’aurais pas tenu 12 ans mais oui, c’est vrai, je suis une privilégiée. Sauf que j’ai choisi d’utiliser ce privilège pour passer du temps avec mes enfants et travailler juste un peu pour me sentir utile, sans me mettre la pression pour gagner de l’argent. Cela m’a permis de travailler à faire du bien aux autres, pendant 12 ans, sans jamais me préoccuper d’en profiter financièrement : j’ai eu le plaisir de faire plaisir, pendant 12 ans, de recevoir des remerciements sincères, chaleureux, reconnaissants, sans jamais avoir à me demander comment j’allais nourrir mes enfants et oui, c’est une grande chance, je vous en suis reconnaissante. Seulement la façon dont je me sers de cette chance, je ne l’ai pas apprise de vous, car si je vous avais écouté, je serais restée cadre dans une multinationale et j’aurais cherché à toujours gagner plus, malgré ce que j’avais déjà.

Aujourd’hui j’ai vendu ma société et je suis retournée sur les bancs de la fac, j’étudie et peut-être, si j’arrive à réussir le concours, peut-être arriverai-je à enseigner et je vous confirmerai alors dans votre croyance que je suis une traitre à ma classe : non seulement je suis de gauche, alors que je devrais défendre les privilèges de la bourgeoisie et donc voter à droite, mais en plus je veux enseigner, faire partie de ce corps que vous mépriser car, selon vous, ils se plaignent tout le temps alors que ce sont des privilégiés. Mais oui! Gagner 2000€ au bout de 15 ans de carrière quel privilège! Se faire cracher dessus par des parents mécontents des notes de leur rejetons, quel privilège! N’avoir aucun soutien de sa hiérarchie ni de personne d’ailleurs, mais comme c’est bandant! Alors pourquoi aller vers ce calvaire me direz-vous? Parce si vraiment les enseignants sont tous des cons, que sommes-nous, nous parents, qui laissons nos enfants entre leur mains pendant que nous partons faire autre chose? Des criminels, des irresponsables, des indifférents au sort de nos enfants? Non, nous voulons le meilleur pour eux et une partie de ce meilleur consiste à leur donner de l’instruction et c’est pour cela que nous les mettons à l’école, pour ceux d’entre nous qui ont le choix en tout cas. Parce que soyons honnêtes : lorsque chaque mois il faut lutter pour finir le mois, l’école n’est pas un choix, c’est une nécessité, il faut un endroit où laisser les enfants en sécurité pendant que les adultes vont travailler pour pouvoir les nourrir, les habiller, les loger. Combien de parents sont dans ce cas? Une grande majorité je crois.

Et je crois aussi qu’il n’y a rien de plus beau que de forger des esprits en construction, leur apprendre à réfléchir par eux-mêmes (si toutefois l’école a encore cette ambition) les armer pour qu’ils puissent être bombardés à longueur de journée par des images, des mots et qu’ils puissent se dire : « attend une seconde, qu’est-ce que ça veut dire ce mot-là, dans cette bouche-là, à ce moment-là? » Pour qu’ils se questionnent, qu’ils remettent en question, et qu’ils avancent non pas sans se poser de question mais au contraire en ayant la volonté de progresser. Progresser réellement, c’est-à-dire pas se demander comment gagner le plus d’argent possible, car contrairement à ce qu’à dit un jour Emmanuel Macron, il n’y a pas de pire ambition dans la vie que vouloir devenir milliardaire : quelle tristesse, quelle manque d’ambition, quelle étroitesse d’esprit, quelle vide de pensée, quelle manque de valeur morale, quelle futilité que de penser qu’accumuler de manière aussi dégoutante autant de richesse matérielle puisse apporter quoi que ce soit à un être humain normalement constitué. Ce qui motive l’humain ça n’est pas la richesse matérielle mais bien la richesse morale, intellectuelle, affective : nous avons envie de nous sentir bien dans nos corps, bien dans notre tête, nous avons envie d’être aimer et d’aimer, d’être reconnus pour le bien que faisons autour de nous et rejeter le mal que nous répandons, nous avons besoin d’être acceptés tels que nous sommes et de nous accepter nous-mêmes avec nos faiblesses et nos qualités, c’est ça qui nous motive, c’est ça qui nous fait avancer! Gagner de l’argent n’est pas un but en soi puisque l’argent en soi ne sert à rien, il permet de se procurer des choses utiles, mais il n’est pas utile en lui-même. Et c’est choses que l’argent nous permet d’acheter, une fois que nous avons assez pour nous loger, nous nourrir, étancher notre soif et pouvoir nous payer un peu de loisirs, quel intérêt d’en accumuler plus? Aucun si ce n’est combler un autre manque que nous ne voyons peut-être pas : un manque affectif, un manque de confiance en soi, un manque de reconnaissance, un manque de sécurité psychique, mais en tout cas ça ne vient pas du tout comme une nécessité. Alors peut-être faudrait-il que tous les milliardaires et tous les dirigeants de multinationales hyper puissantes se fassent soigner, psychologiquement soigner car vraiment il n’y a aucune logique d’utilité, de nécessité dans cette accumulation obscène!

Et vous dans tout cela? Vous ma famille, vous qui êtes très très très loin de ces malades, de ces criminels, de ces irresponsables mais qui avez les mêmes idées, les mêmes désirs, les mêmes croyances mortifères qu’eux, je vous aime, malgré tout. J’ai honte de vos modes de vie, de cette façon dont vous dépensez toujours plus sans réfléchir aux conséquences de vos actes pour l’environnement notamment, mais je vous aime quand même. J’ai honte de vos idées intolérantes, racistes, parfois homophobes, anti-féministes, mais je vous aime quand même. Vous me blessez, vous me faites mal à me critiquer, à m’insulter même puisque vous n’hésitez pas à me traiter de conne à cause de mon mode de vie, de mes idées, mais je vous aime quand même. Je suis en colère contre votre ignorance, votre bêtise, vos affirmations sans fondement, mais je vous aime quand même. Je suis frustrée par mon incapacité à vous faire changer d’avis, à vous ouvrir les yeux, à vous influencer ne serait-ce qu’un peu, mais je vous aime quand même. Malgré tous vos défauts, malgré vos croyances foireuses, vos comportements néfastes, votre intolérance, je vous aime quand même. Vous m’avez appris la valeur du travail, même si m’avez toujours traitée de flemmarde. Vous m’avez appris à être honnêtes, même si aujourd’hui je découvre que vous être loin de l’être toujours. Vous m’avez élevée dans le confort et la sécurité matérielle, même si j’ai du payer le pris fort pour ce confort : n’être jamais assez bien, assez féminine, assez de votre côté, assez de droite, assez comme vous et n’être jamais valorisée, être du coup, parmi vous, toujours la paria, la bizarre, qu’on accepte mais qu’on voudrait bien changer. Je vous aime quand même, malgré le rejet, malgré la souffrance, malgré l’incompréhension, malgré le manque de tendresse, malgré tout, je vous aime quand même… et c’est dur, et j’en chie, et je redoute les repas de famille comme le noir craint le contrôle de police mais je vous aime quand même! Et aussi étonnant que cela puisse paraître, je sais que vous m’aimez aussi, car malgré mes idées, malgré nos disputes (nombreuses), malgré nos coups de gueule, nos prises de tête, nos bagarres vous m’appelez, vous me demandez de mes nouvelles et nous nous voyons toujours, une fois par mois, une fois par an, ça dépend mais nous nous voyons toujours et pour cela je trouve que nous méritons de nous féliciter mutuellement : je me félicite d’arriver, après toutes ces années, à vous aimer encore et je vous félicite, après toutes des années, d’arriver à m’aimer encore, bravo à nous et bisous!