Peurs d’Halloween

Peurs d’Halloween

Peurs d’Halloween

J’ai bientĂŽt 50 ans et j’ai peur chaque jour. Peur d’avoir Ă©tĂ© une mauvaise mĂšre pour mes enfants, d’avoir trop couvĂ© ma fille, de l’avoir saoulĂ© avec mes mots au point qu’elle n’aime pas parler, de lui avoir tout dit trop tĂŽt au point qu’elle n’ai plus envie de rien, peur de lui avoir transmis mon insĂ©curitĂ© au point qu’elle se sente obligĂ©e d’ĂȘtre diffĂ©rente quand elle est avec ses amis. Peur pour mon fils de ne pas en faire assez, de ne pas lui fournir tout ce dont il a besoin pour se dĂ©velopper correctement avec sa particularitĂ©, peur de ne pas ĂȘtre suffisamment prĂ©sente pour lui, de ne pas jouer assez avec lui. Peur d’ĂȘtre trop sur mon ordinateur ou mon tĂ©lĂ©phone et de passer Ă  cĂŽtĂ© de moments prĂ©cieux avec mes enfants. Peur de ne pas faire assez d’activitĂ©s avec eux le week-end.

J’ai aussi peur de passer Ă  cĂŽtĂ© de ma vie, de n’avoir pas su rester avec un homme, de ne pas avoir su choisir une carriĂšre professionnelle, de ne pas avoir su me faire des amis, de ne pas ĂȘtre Ă  la hauteur des Ă©tudes que j’ai reprises. Bref, j’ai peur tout le temps, tous les jours, presque Ă  chaque moment de la journĂ©e, j’ai cette boule dans la gorge qui me serre, rend ma respiration difficile, fait battre mon cƓur rapidement, j’ai peur tout le temps. J’aimerais avoir un peu moins de doutes, j’aimerais ĂȘtre sĂ»re d’au moins quelques trucs. SĂ»re que j’ai fait de mon mieux en tant que mĂšre, sĂ»re d’avoir vraiment essayĂ© de me sentir bien dans chacune de mes relations amoureuses, sĂ»re de faire de mon mieux pour ces Ă©tudes. Oui, ça me ferait vraiment du bien de me sentir lĂ©gitime au moins dans quelques domaines de ma vie, peut-ĂȘtre pas tous, mais au moins un ou deux. J’essaie de faire fermer sa gueule Ă  ce putain de petit tyran intĂ©rieur qui me dit en permanence que je ne suis pas assez : pas assez affectueuse, pas assez joueuse, pas assez intelligente, pas assez gentille, pas assez bosseuse, pas assez courageuse, pas assez volontaire, pas assez persĂ©vĂ©rante, pas assez, pas assez, pas assez…

Face Ă  ça je lutte, je refuse ces critiques sans arrĂȘt nĂ©gatives, je refuse de me laisser enfermer dans cet Ă©ternel pas assez et ça me demande un gros effort. Je me force Ă  me dire que mes enfants ont l’air plutĂŽt bien dans leur vie : ma fille n’aime pas trop son corps et ne se trouve pas trĂšs intelligente mais elle se choisit des vĂȘtements qu’elle aime ces derniers temps alors qu’avant elle s’en foutait de sa tenue pourvu qu’elle lui cache les fesses. Elle a beaucoup d’amis et elle est rĂ©guliĂšrement invitĂ©e Ă  des fĂȘtes et elle va souvent retrouver ses amis aussi. Elle aime rire, elle est fiĂšre que ses amis la trouve drĂŽle, elle aime dessiner et elle veut avoir son bac. Elle est contente de faire une fĂȘte chez ma mĂšre pour Halloween. Elle aime manger, elle aime danser quand elle rĂ©ussit quelque chose. Elle sait m’envoyer balader quand je l’embĂȘte. Je crois que malgrĂ© le fait qu’elle a un pĂšre menteur, manipulateur et colĂ©rique, elle s’en sort plutĂŽt correctement en terme de confiance en elle. A un moment elle m’avait dit qu’elle voulait mourir mais qu’elle ne le faisait pas par manque de courage, je crois qu’aujourd’hui elle a plus envie de vivre, j’en ai l’impression en tout cas.

Pourtant je trouve qu’il est vraiment difficile d’avoir envie de vivre Ă  notre Ă©poque, d’avoir de l’espoir dans un avenir meilleur. La pollution de la planĂšte, de l’air, de l’eau, de la nourriture, le changement climatique, la sixiĂšme extinction de masse en cours, cette anthropocĂšne dans laquelle nous sommes entrĂ©s ne prĂ©sage vraiment rien de bon. C’est peut-ĂȘtre une chance pour elle de n’avoir aucun intĂ©rĂȘt pour la politique, pour l’Ă©cologie, pour l’Ă©conomie, au moins elle ne voit pas le dĂ©sastre dans lequel nous vivons. Elle ne se rend pas compte de la stupiditĂ© de ce systĂšme dans lequel une construction humaine, l’argent passe avant les rĂ©alitĂ©s physiques : la prĂ©servation de notre planĂšte, du vivant dont nous faisons partie. C’est tellement triste de voir l’humain capable de tellement de prodiges et pourtant s’avancer sans freiner vers la catastrophe. Nous perdons notre temps Ă  nous demander quel dieu est mieux, comment gagner plus d’argent, qui est Ă©tranger et qui ne l’est pas et pendant ce temps le vivant meurt de notre inconscience, les humains meurent de notre indiffĂ©rence, mais qu’importe, tant qu’il y a la croissance!

Je voudrais m’en foutre moi aussi, je voudrais arriver Ă  accepter qu’il est hors de mon pouvoir de changer les choses, je voudrais accepter que je ne sers Ă  rien et ne me concentrer que sur ma vie, que sur ce que j’aime, ce que j’ai envie de faire et foncer lĂ -dedans. Seulement voilĂ , je ne sais pas : c’est vrai comment choisir une seule chose parmi tout ce qu’il y a d’intĂ©ressant Ă  faire dans la vie? J’aimerais ĂȘtre doctoresse pour aider des humains Ă  ĂȘtre en bonne santĂ©, j’aimerais ĂȘtre avocate pour aider des humains Ă  lutter contre les injustices qui leur sont faites, j’aimerais ĂȘtre institutrice pour aider les enfant Ă  se prĂ©parer Ă  la vie d’adulte, j’aimerais ĂȘtre chanteuse pour aider les humains Ă  oublier leurs soucis, oui, je voudrais vraiment aider. Cette envie d’aider, cette nĂ©cessitĂ© que je sens de vouloir ĂȘtre utile Ă  quelque chose, ça me mine, ça me bouffe, ça m’angoisse. Je voudrais que quelqu’un me dise : toi tu es faite pour ça, alors vas-y, fonce! Et que cela me donne une certitude et me permette d’avancer en Ă©tant motivĂ©e dans une direction et de m’y tenir.

A plusieurs moments dans ma vie j’ai entendu des gens me dire que j’Ă©tais courageuse. Quand je travaillais comme cadre chez Hewlett Packard et que j’ai choisi de ne travailler que 4 jours par semaine, juste pour avoir du temps pour moi, on m’a dit que j’Ă©tais courageuse et je n’ai pas compris oĂč Ă©tait le courage lĂ -dedans. Quand je suis partie en congĂ©s individuel de formation pour passer de cadre Ă  praticienne en massage bien-ĂȘtre on m’a dit que j’Ă©tais courageuse, et lĂ  non plus, je n’ai pas compris. Quand je dis aux gens que je vis seule avec deux enfants de deux pĂšres diffĂ©rents, on me dit que je suis courageuse aussi. Quand je dis qu’Ă  46 ans je suis retournĂ©e sur les bancs de la fac pour Ă©tudier la philosophie, on me dit que je suis courageuse. Mais je ne vois pas de courage dans tout ça, je vois simplement des tentatives dĂ©sespĂ©rĂ©es de trouver du sens dans ma vie et pour l’instant je ne suis pas sĂ»re d’y ĂȘtre arrivĂ©e.

J’aimerais avoir trouvĂ© jeune le mĂ©tier de mes rĂȘves, j’aimerais ĂȘtre aujourd’hui reconnue dans ma profession et me sentir lĂ©gitime, installĂ©e. J’aimerais ĂȘtre tombĂ©e amoureuse d’une personne avec laquelle j’aurais vieilli, grandi, fait des projets et avec laquelle je serai aujourd’hui complice, mais ma vie ça n’a pas Ă©tĂ© ça pour le moment. Ma vie ça a Ă©tĂ© des changements de direction professionnelle, des changements de relation amoureuse, des incertitudes, des heurs, des disputes, des doutes, des envies de tout recommencer. Aujourd’hui je suis seule, mais je n’en suis pas fiĂšre, je n’en ai pas honte non plus, je ne me sens pas coupable de mon cĂ©libat mais n’ayant pas beaucoup d’amis non plus, je me sens souvent seule et cela me pĂšse. J’aimerais avoir des amis qui m’appellent, qui me demandent comment je vais, des gens avec qui je pourrais Ă©changer sur mes projets, mes envies. Mais je ne sais pas trop me dire Ă  part Ă  des psys. Je sais Ă©couter les problĂšmes des autres, je sais leur donner mon retour Ă  travers mon vĂ©cu, je sais ĂȘtre claire, parler sĂ©rieusement tout en glissant un peu d’humour pour allĂ©ger mon propos. Je ne sais pas ĂȘtre sĂ»re de moi, j’ai toujours l’impression de prendre trop de place, de trop parler, de parler trop sĂ©rieusement. Je m’emballe dans des conversations politiques, Ă©conomiques, sociales mais je n’apporte rien, je ne fais qu’enfoncer des portes ouvertes, dire des Ă©vidences et puis rien. Ma vie est un clichĂ© bobo : un joli discours et aucune action concrĂšte.

Bien sĂ»r j’aide les gens que je croise et qui ont besoin d’aide : dans la rue, au ski, dans ma vie, je suis toujours Ă  l’affĂ»t de pouvoir donner mon aide Ă  n’importe quel individu. J’ai massĂ© des gens pendant 12 ans sans jamais gagner d’argent avec cette activitĂ©, mais je n’en retire aucune fiertĂ© car j’ai la chance de ne pas avoir besoin de travailler. Je suis bienveillante et profondĂ©ment respectueuse de chaque personne que je rencontre mais ça ne m’apporte pas grand chose car finalement je reste en dehors de tout groupe social. Les bourgeois de ma famille me voient comme une traitre Ă  ma classe, mes amis me voient comme une sorte d’OVNI Ă  la fois sympa et insupportable, et je n’ai plus de collĂšgue de travail parce que j’ai 30 ans de plus que les Ă©tudiants qui sont sur les bancs de la fac avec moi et que les professeurs ont un statut qui me laisse trĂšs Ă  l’Ă©cart d’eux. Donc voilĂ , je suis lĂ , Ă  presque 50 ans Ă  faire de mon mieux pour Ă©viter de me laisser emporter par mes addictions. Je peux regarder des sĂ©ries amĂ©ricaines pendant des jours sans m’arrĂȘter, mais je n’en regarde plus une seule depuis plusieurs semaines. Je peux sortir et passer toute la nuit Ă  boire des biĂšres et fumer des joints mais ça m’amĂšne Ă  trouver hyper intĂ©ressants des gens qui sans alcool et sans joints n’ont rien en commun avec moi. J’ai une personnalitĂ© apparemment facilement sujette aux addictions et j’ai dĂ©cidĂ© d’arrĂȘter d’Ă©viter de sentir ma souffrance et m’abrutissant, alors je souffre, sans m’abrutir et ça fait mal.

J’espĂšre que je vais rĂ©ussir Ă  avancer malgrĂ© tout. Peut-ĂȘtre que je ne vais pas faire un mĂ©moire de master fantastique, c’est vrai, certainement que ces quelque dizaines de pages ne serviront Ă  rien, Ă  part Ă  me valider mes Ă©tudes, mais c’est dĂ©jĂ  pas mal. Peut-ĂȘtre que choisir de traiter du sujet de l’inĂ©galitĂ© chez Jean-Jacques Rousseau n’Ă©tait pas la meilleure idĂ©e que j’ai eu, mais aprĂšs tout, si je change d’idĂ©e tous les deux mois, je n’arriverai jamais Ă  produire un travail construit au bout des deux ans et c’est quand mĂȘme ça l’objectif : arriver Ă  avoir mon diplĂŽme. Oui les autres Ă©tudiants ont l’air d’avoir des sujets qui sont bien plus intĂ©ressants que le mien, ils ont l’air bien plus capables que moi de faire de la philosophie, de rĂ©flĂ©chir de maniĂšre construite et intelligente et bien tant pis, c’est comme ça : j’aimerais ĂȘtre au-dessus du lot, mais je ne le suis pas du tout, je suis juste une Ă©tudiante moyenne et il faut que je l’accepte. J’ai les larmes aux yeux en l’Ă©crivant : c’est dur pour moi d’accepter que je n’ai rien d’exceptionnel mais il faut que je me fasse une raison. Oui je me sens diffĂ©rente, oui j’ai eu une vie bizarre, Ă©trange par rapport Ă  tous les gens que je connais, mais ça n’est pas parce que je ne fais rien comme tout le monde que je vais rĂ©ussir Ă  faire quoi que ce soit d’exceptionnel, au sens oĂč je l’entends, c’est-Ă -dire quelque chose qui change un peu en mieux la destinĂ©e de l’humanitĂ©. Oui j’aurais aimĂ© ĂȘtre importante, apporter quelque chose au monde qui le rende un peu meilleur, ça m’aurait rassurĂ©e sur mon utilitĂ©, j’aurais pu plus facilement me dire : « c’est bon, tu as reçu beaucoup de biens matĂ©riels Ă  la naissance, tu as reçu une bonne santĂ©, un physique dans les normes hautes des critĂšres esthĂ©tiques de ton temps et tu as fait quelque chose de tout ça, regarde, tu as apportĂ© ça au monde, tu as rendu Ă  la hauteur de ce qui t’as Ă©tĂ© donnĂ©. » Mais non, en fait il semble qu’il faille que je me fasse Ă  l’idĂ©e que j’ai reçu beaucoup et que je n’ai pas grand chose Ă  donner en retour. C’est comme ça, je n’ai rien d’exceptionnel mĂȘme si je ne rentre dans aucune case.

Peut-ĂȘtre aussi que j’ai du mal Ă  accepter qu’avec toutes ces facilitĂ©s que j’ai reçu, j’ai aussi vĂ©cu beaucoup de souffrances, de maltraitances, d’agressions et au lieu de regarder tous ces maux, de voir comme ils m’ont handicapĂ©e et m’handicapent encore, je refuse de les voir, d’y penser et ainsi je ne vois pas mon handicap et je ne peux pas l’intĂ©grer.

Je m’appelle CĂ©line, j’ai bientĂŽt 50 ans et j’ai subi de nombreuses agressions. Des agressions sexuelles prĂ©cises au sens oĂč elles sont clairement identifiables, des viols. Un a 15 ans, un Ă  25 ans. Et puis des agressions sexuelles moins claires, au sens oĂč il n’y a pas un mot prĂ©cis qui permet tout de suite de voir de quoi il s’agit. J’ai Ă©tĂ© accostĂ©e dans la rue, dans des bars, par des gens qui pensaient qu’il Ă©tait normal de me parler comme si j’Ă©tais un bout de viande sur lequel ils avaient une sorte de droit. J’ai Ă©tĂ© traitĂ©e comme un objet sexuel par des gens qui pensaient que comme j’acceptais de coucher avec eux alors ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient avec mon corps, sans vĂ©rifier si j’Ă©tais d’accord. J’ai Ă©tĂ© harcelĂ©e par des gens qui pensaient que parce qu’ils avaient envie de moi alors il fallait que j’ai envie d’eux et qui voulaient me faire changer d’avis si moi je ne voulais pas. J’ai Ă©tĂ© sĂ©questrĂ©e par une personne qui pensait que parce qu’on couchait ensemble alors je n’avais pas le droit de la quitter et qui m’a hurlĂ© dessus pendant des heures avant de me laisser sortir de son appartement. Oui j’ai subi beaucoup d’agressions. Et ça a commencĂ© petite, au collĂšge quand j’ai invitĂ© un garçon Ă  passer le week-end chez moi, qu’il est entrĂ© dans ma chambre le matin, a violemment retirĂ© la couette qui couvrait mon corps et a vu mon pubis que ma chemise de nuit ne couvrait pas Ă  ce moment-lĂ . Il a ensuite racontĂ© Ă  la classe le lundi matin ce qu’il avait vu et j’ai Ă©tĂ© moquĂ©e parce que mon pubis n’avait pas de poils… Ă©trange d’ailleurs de se moquer d’un pubis prĂ©pubĂšre dans un monde oĂč justement il est demandĂ© aux personnes qui ont une vulve de la rendre glabre pour qu’elle soit dĂ©sirable. Parce que j’Ă©tais plutĂŽt du genre garçon manquĂ©, que je trainais beaucoup avec des garçons, alors on m’a larguĂ© pour une autre en me disant « sans rancune, hein, on reste pote? » comme si je ne comptais pour rien, que je ne ressentais rien. On m’a quittĂ©e aussi une autre fois en me disant que vivre une relation avec moi n’Ă©tais pas possible, que j’Ă©tais trop rationnelle, pas assez de magie dans ma vie, que c’Ă©tait d’une autre dont on Ă©tait amoureux. Une autre fois encore je suis partie parce que la femme qu’il devait quittĂ© est arrivĂ©e chez moi et m’a insultĂ©e, m’a menacĂ©e, m’a frappĂ©e alors que soit disant elle Ă©tait formatĂ©e Ă  la patte de son mari depuis toutes ses annĂ©es. Oui, ma vie ça n’est vraiment pas un conte de fĂ©e…

Pourtant ça m’aurait plu Ă  moi d’avoir un homme qui me voit comme la plus prĂ©cieuse, la plus merveilleuse, la plus enivrante de toutes ses rencontres. J’aurais aimĂ© ĂȘtre la princesse d’un seul qui m’aime pour qui je suis et pas pour qui il aimerait que je sois. J’aurais adorĂ© soutenir quelqu’un dans ses projets et me sentir soutenue dans les miens. Grandir et progresser ensemble. Regarder vers l’avenir en s’imaginant la joie de vieillir ensemble. Mais non, moi ce que j’ai vĂ©cu c’est majoritairement des histoires intenses et courtes du type : je t’aime, tu es l’homme de ma vie, je veux rester avec toi toujours, puis j’apprends Ă  te connaitre, je vois que tu n’Ă©coutes pas, que tu n’entends pas ce que je te dis, je vois que qui je suis ne te plait pas, soit parce que je te fais peur, soit parce que je ne te rassure pas assez, soit parce que j’aime trop la logique, le rationnel, soit parce que je veux parler et que ça t’agace… Alors je m’en vais, on ne se parle plus pendant quelques mois, quelques annĂ©es, et puis on devient potes. VoilĂ , je suis celle avec laquelle on couche et puis qu’on prend comme pote ensuite parce qu’elle nous a larguĂ©. Alors je passe pour la femme forte, solitaire, casse-couille forcĂ©ment, super plan cul mais caractĂšre de merde. Pourtant je ne me vois pas du tout comme ça. Je me sens sincĂšre, authentique, je me sens curieuse et fidĂšle, je me sens attentionnĂ©e et libre, intĂ©ressante, sensible et forte Ă  la fois. NaĂŻve aussi, certainement.

Il faut que je le sois, naĂŻve, pour encore me retrouver Ă  tomber follement amoureuse Ă  mon Ăąge, pour m’emballer et me dire Ă  nouveau ‘lui c’est le bon’ alors que tout indique le contraire, et pourtant, ça m’est encore arrivĂ©e, il n’y a pas si longtemps, et c’est dĂ©jĂ  terminĂ©. MalgrĂ© ma tristesse, malgrĂ© mon angoisse permanente, ma rage de vivre m’oblige Ă  voir ce que j’ai gagnĂ© dans cette courte relation d’Ă©tĂ©. Je me suis sentie aimĂ©e, vraiment, pendant les deux premiers mois je me suis sentie appartenir Ă  quelqu’un et j’ai aimĂ© cette sensation. Il Ă©tait mariĂ© et m’avait dit qu’il n’y avait plus rien entre lui et sa femme depuis plus d’un an, qu’il allait la quitter, quel clichĂ©, n’est-ce pas? Les premiers temps, je le voyais tous les jours et tous les jours je me sentais aimĂ©e, respectĂ©e, Ă©coutĂ©e et j’ai aimĂ© ça. Malheureusement ça n’a pas durĂ©, il n’a pas quittĂ© sa femme et on a fini par ne plus pouvoir se voir car elle a dĂ©couvert notre relation et le surveillait tout le temps et ça n’Ă©tait pas possible pour moi : je ne peux pas ĂȘtre la maitresse cachĂ©e, ça ne va pas du tout avec l’importance que j’ai envie d’avoir dans la vie de quelqu’un. Si tu n’es pas disponible pour moi alors tant pis, je m’en vais. Pourtant je pense encore Ă  toi tous les jours, je ne sais pas oĂč tu es, je n’ai plus aucune nouvelle de toi, mais tu es toujours dans mes pensĂ©es, mon corps a encore envie du tien et je repense avec nostalgie Ă  nos longues soirĂ©es de rires, de discussions, d’amour. Je sais que tu n’es pas bon pour moi, que tu fumes, que tu bois, que tu as des idĂ©es Ă©triquĂ©es et rĂ©trogrades, pourtant je t’ai aimĂ© profondĂ©ment et je crois bien que je t’aime encore. Je me rassure en me disant que ma vie est bien plus simple sans toi, que je n’ai pas Ă  me battre sans cesse contre ton racisme, ton homophobie, ton ignorance des faits scientifiques, mais ton regard me manque, ce regard sĂ©rieux et puissant que tu posais sur moi et grĂące auquel je me sentais puissante, importante, invincible. Oui, pendant un temps, toi le prolo ignorant et obtus tu m’as fait me sentir belle, importante, aimĂ©e, grĂące Ă  toi j’ai appris comment je voulais ĂȘtre aimĂ©e, quelle importance j’avais envie qu’on m’accorde et malgrĂ© toute la souffrance, la peur, l’inquiĂ©tude que notre relation m’a amenĂ©e par la suite, je ne regrette rien. C’est beau ce que nous avons vĂ©cu ensemble, ça m’a fait beaucoup de bien avant de me faire beaucoup de mal.

Et alors, maintenant quoi? Et bien toujours pareil, continuer Ă  vivre malgrĂ© la peur, continuer d’Ă©tudier malgrĂ© la difficultĂ©, continuer la sobriĂ©tĂ© malgrĂ© la souffrance, continuer l’espoir malgrĂ© les dĂ©ceptions, quel autre choix? Pourquoi continuer Ă  vivre si c’est pour vivre dans le flou de la drogue et l’irrĂ©el des sĂ©ries? Pourquoi continuer Ă  vivre si c’est pour n’avoir aucun but? Pourquoi continuer Ă  vivre si c’est pour n’envisager que la souffrance sans possibilitĂ© de mieux? Aucun intĂ©rĂȘt, autant me tirer une balle dans la tĂȘte tout de suite : mes enfants sauront trĂšs bien s’en sortir sans moi, je n’en ai aucun doute, ils souffriront, bien sĂ»r, mais ça ne les empĂȘchera pas de continuer Ă  vivre. Alors ça n’est pas pour eux que je ne prends pas la porte de sortie, parce qu’il faut ĂȘtre honnĂȘte : on ne fait jamais rien pour les autres, nous sommes tous profondĂ©ment, viscĂ©ralement et irrĂ©mĂ©diablement Ă©goĂŻstes. Non, si je reste, c’est pour moi, c’est parce que malgrĂ© la peur j’aime vivre, j’aime voir la couleur du ciel au coucher du soleil, le contraste sur les montagnes aprĂšs la pluie, sentir sur ma peau la chaleur du soleil ou la caresse d’une main amie. J’aime aussi ma souffrance puisqu’elle me dit que je suis encore en vie. J’aime cette rage que je sens en moi qui se rĂ©volte de maniĂšre aussi stupide et naĂŻve qu’une Miss France Ă  la moindre injustice, lĂ  aussi, elle me dit que je suis encore en vie et dans la vie. Alors oui ça m’emmerde de n’avoir rien d’exceptionnel, oui je suis triste de ne pas servir Ă  amĂ©liorer l’humanitĂ©, oui ça me fait bien chier d’ĂȘtre une parmi des milliards et rien d’autre mais je ne veux pas me laisser anĂ©antir par cette dĂ©ception. Je continue, j’essaie ce truc : avoir mon master de philo, passer mon capes, enseigner la philo. Si j’y arrive, c’est bien. Si non, et bien j’ai un plan B : mĂȘme si je n’ai pas mon master, je peux passer le concours pour ĂȘtre prof dans le primaire et ma licence de philo me servira aussi dans cette option. Et puis il y a aussi le plan C : continuer Ă  Ă©crire, peut-ĂȘtre m’essayer Ă  des trucs un peu moins inintĂ©ressants que raconter ma vie, parce qu’Ă  vrai dire, tout le monde s’en fout de ce qui peut bien m’arriver au quotidien, ça n’apporte rien Ă  personne! Certes ça m’aide, ça me fait du bien de vomir mon mal-ĂȘtre sur le papier, mais ça n’est quand mĂȘme pas trĂšs folichon en terme d’utilitĂ© publique (toujours cette putain d’utilitĂ©…) alors peut-ĂȘtre que le plan C ça pourrait ĂȘtre Ă©crire… mais quoi? Et puis putain je vis Ă  une Ă©poque oĂč le moindre couillon de base pense qu’il peut ĂȘtre intĂ©ressant, il y a des dizaines, des centaines de bouquins rĂ©cents dans la moindre micro librairie de quartier, qu’est-ce que moi je pourrais bien avoir Ă  dire de plus? Je ne sais pas… et lĂ  aussi, je crois que mon envie d’ĂȘtre utile va devoir sĂ©rieusement rĂ©duire son champ d’action : au lieu d’ĂȘtre utile au monde, si dĂ©jĂ  je m’Ă©tais utile Ă  moi-mĂȘme ça serait pas mal! Peut-ĂȘtre que je pourrais simplement publier un bouquin pour le simple plaisir, terrifiant et excitant Ă  la fois, d’avoir quelqu’un qui lise ce que j’Ă©cris, peut-ĂȘtre que ça me serait juste utile Ă  moi, Ă  me sentir un peu reconnue par le peu de personnes que mes propos pourraient intĂ©resser… Ouais, je sais, c’est pas  gagner!

La peur de demain

La peur de demain

C'est beau dehors : les arbres, les animaux, les gens
C'est triste dehors : la mort, la pollution, la violence, tout le temps

Et dedans qu'y a-t-il ? Des questions, des peurs, des joies,
De l'amour, du dĂ©sir pour toi, rien que toi !

J'ai peur de demain, peur de mourir, peur du plus rien
J'ai peur pour mes enfants, pour moi, pour les tiens
J'ai peur de demain et ça m'agace !
Quelle couleur aura ma trace ?

C'est laid dehors : les dĂ©chets, la guerre, la famine
C'est laid dehors : trop de viande, air viciĂ©, les mines
En moi cet amour de mes enfants, ma famille, des humains
Et pour toi la tendresse, les caresses, mes mains

J'ai peur de demain, peur de périr, peur du néant
J'ai peur pour mes enfants, pour moi, pour les gens
J'ai peur de demain et ça m'enrage !
Quel souvenir de mon passage ?

Dehors c'est comme ça, un peu à cause de moi

Dehors vraiment ? Ne serait-ce pas un autre dedans ?
En prenant soin de moi, je prends soin de toi,
Je veille sur mon dedans, je protĂšge l'environnement.

J'ai peur de demain, peur de la guerre, du vide
J'ai peur pour mes enfants, pour moi, pour nous
J'ai peur de demain et je suis avide
D'amour, de désir, de sexe, de nous.

Ben voilĂ  j'l'ai dit et qu'est-ce que ça change ?
J'ai peur des jours devant, de perdre mes anges.
Toi aussi, un jour je te perdrai, fin de l'amour,
Mais toujours je garderai le souvenir de tes contours.

J'ai peur de demain, peur de vieillir, de mourir,
J'ai peur pour moi, ma famille, mes amis,
J'ai peur de demain et je résiste
En aimant, souriant, jouissant, je persiste.

Et mĂȘme si dehors, dedans, tout part en couille,
J'aurais quand mĂȘme fait de mon mieux pour vivre en vrai
Sentir, ressentir, éprouver, profiter avant la rouille
Jouir de mon corps, de mon esprit, de l'air frais
Jouir avec ton corps, ton esprit, ton air vrai.

Spiralex (14/07/2019)

L’humain et l’Ă©cologie, Aux origines de l’univers, L1 Philosophie, note obtenue 16/20

La science, les sciences ou plutĂŽt les scientifiques nous disent depuis des annĂ©es que le mode de vie des humains nuit Ă  notre planĂšte pourtant rien ne change. Tout se passe comme si la vĂ©ritĂ© scientifique appartenait au monde de la science, un monde Ă  part en dehors de la rĂ©alitĂ©, pour reprendre Goodman. En effet, il semblerait que notre façon de recevoir l’information scientifique soit la mĂȘme que notre façon de regarder une fiction ou de lire un roman : ça nous fait peur sur le moment, puis nous nous rassurons en nous disant que ça n’est pas la rĂ©alitĂ©. Notre monde rĂ©el c’est celui de la finance, de la croissance, de l’économie de marchĂ©, c’est lui que nous croyons, lui qui nous guide, lui sur lequel nous nous appuyons pour avancer. Comme pour Platon, notre rĂ©fĂ©rentiel n’est plus la rĂ©alitĂ© du monde sensible mais l’abstrait du monde intelligible. Qui a-t-il de plus concret que la disparition de 70% du vivant sur les 40 derniĂšres annĂ©es ? C’est une donnĂ©e apparemment trĂšs rĂ©elle si notre rĂ©fĂ©rentiel symbolique est celui du monde des vivants, c’est un chiffre terrifiant si le monde sensible est bien celui qui est notre rĂ©alitĂ©. Pourtant la dĂ©forestation continue, la construction humaine continue et ainsi la diminution d’espace de vie pour les vivants non-humains. Pourtant la pollution continue, notamment celle des ocĂ©ans avec nos dĂ©chets qui font un continent dont la taille avoisine 6 fois celle de la superficie de la France. Ce monde rĂ©el, naturel, vivant, cette rĂ©alitĂ© sensible ne panique pourtant qu’une minoritĂ© d’humains, la majoritĂ© s’en moque et continue sur cette voie suicidaire. Tout se passe comme si la rationalitĂ© scientifique, cartĂ©sienne ne comptait pas. Qu’est-ce qui est important alors ? Et bien il semble que ce soit le monde de l’abstrait, le lieu intelligible de Platon. Quoi de plus abstrait que l’argent ? Il ne permet ni de manger, ni de s’abriter, ni de rire, il est simplement un outil, un moyen pour atteindre une fin celle de manger, de s’abriter, de rire. C’est une abstraction sur laquelle la totalitĂ© de la planĂšte a rĂ©ussi Ă  se mettre d’accord : personne ne discute le fait qu’en donnant de l’argent un individu peut recevoir en Ă©change une marchandise. Or le but de la dĂ©forestation, du capitalisme, de l’économie de marchĂ©, de la bourse est bien la croissance, autrement dit l’augmentation de la quantitĂ© d’argent produite. Il est donc clair que le but est d’augmenter l’importance d’une abstraction, d’une idĂ©e, d’une chose appartenant Ă  l’intelligible et pas au sensible. Brassens nous disait qu’il Ă©tait d’accord pour mourir pour des idĂ©es, mais de mort lente, nous choisissons exactement cette voie : mourir lentement pour une idĂ©e.
A quoi sert ce raisonnement un peu simpliste ? Et bien a pas grand-chose car une fois cette Ă©vidence annoncĂ©e, quelle conclusion en tirer ? Nous sommes des ĂȘtres d’une bĂȘtise incommensurables et mĂ©ritons de mourir ? Peut-ĂȘtre mais c’est oublier un peu vite LĂ©onard de Vinci, Mozart, Picasso, Rimbaud, Victor Hugo, Jeff Koons, Einstein, Marie Curie, Simone de Beauvoir, Frida Kahlo c’est-Ă -dire la production artistique, littĂ©raire, scientifique, intellectuelle de ces mĂȘmes humains. Les Ă©motions que nous apportent la musique, la peinture, la sculpture montrent que nous sommes Ă©galement capables de subtilitĂ©, de douceur, d’intelligence constructive, de voir le monde autrement. Et puis mĂȘme si nous n’étions vraiment que des brutes Ă©paisses en train de tout dĂ©truire sur notre planĂšte, notre mort n’est quand mĂȘme pas si anodine : d’abord parce que c’est triste l’idĂ©e que nous allons tous mourir, ensuite parce que nous entrainons avec nous une quantitĂ© de vivants non-humains qui eux, pour le coup, n’ont rien fait, c’est tout simplement injuste, scandaleux, violent.

Bien, donc nous allons de maniĂšre certaine dans la direction de l’effondrement, tout cela parce que nous accordons plus d’importance Ă  l’abstrait qu’au rĂ©el et nous emportons avec nous une majoritĂ© du vivant. Pourtant nous sommes capables de produire aussi de belles Ɠuvres et nos avancĂ©es scientifique ont aussi permis des progrĂšs tout Ă  fait intĂ©ressants en termes de santĂ©, de technologie, d’accĂšs Ă  la connaissance, de diffusion de l’information. Qu’est-ce que l’individu lambda peut bien faire de tout ça ? Bien sĂ»r chacun peut y aller de son geste du quotidien, trier ses dĂ©chets, Ă©viter d’acheter des objets neufs ou du plastique Ă  usage unique, oui nous pouvons choisir de consommer moins et mieux, mais cela change-t-il vraiment quelque chose ? Disons que cela amĂšne vers un changement progressif de ce qui nous est proposĂ© : chouette ! une enseigne d’hypermarchĂ© propose maintenant de la vente en vrac et nous pouvons mĂȘme amener nos contenants pour emporter ces denrĂ©es. C’est vrai, c’est un progrĂšs, cela suffit-il Ă  produire des effets au niveau de la planĂšte ? Certainement pas. Faut-il pour autant se dire qu’il est inutile d’agir au niveau individuel ? Absolument pas : un peu moins pire c’est toujours mieux que pire.
Comment faire alors au niveau individuel ? Comment ne pas sombrer dans le dĂ©sespoir absolu ? C’est vrai aprĂšs tout cette jeune fille, Greta Thunberg, qu’elle soit manipulĂ©e ou pas dit une chose intĂ©ressante aux politiques europĂ©ens, elle leur demande d’avoir peur, de paniquer comme elle panique. Et c’est effectivement effrayant : la perspective que dans 30 ans, des centaines de milliers de personnes vont devoir quitter leur lieu de vie pour trouver refuge ailleurs est effrayante, oĂč vont-ils aller ? Qui va les accueillir ? Cela va-t-il engendrer des guerres ? Nos enfants devront-ils vivre dans un monde oĂč, comme Ă  l’époque de la GrĂšce antique, la paix n’est qu’un temps entre deux guerres, la guerre est la norme qui rĂ©git le monde ? Cette perspective est tout Ă  fait effrayante, triste, dĂ©sespĂ©rante. Alors la seule chose raisonnable Ă  faire est peut-ĂȘtre de sombrer dans la dĂ©pression : le monde va Ă  sa perte et je n’ai aucun moyen d’action pour Ă©viter cela, tout est perdu. Ça n’est pourtant pas trĂšs satisfaisant comme conclusion. C’est comprĂ©hensible, assez logique, mais pas trĂšs satisfaisant pour un ĂȘtre vivant aussi adaptable, intelligent et crĂ©atif que l’humain. Il est face Ă  un dĂ©fi qu’il n’a jamais connu : accepter d’avancer vers moins. Changer de paradigme et dĂ©signer comme ringard celui qui prend l’avion tout le temps, qui accumule les richesses, qui veut faire de la politique sans Ă©cologie. Les humains qui jusqu’à prĂ©sent admirent le bling-bling, se rĂ©galent des paillettes et vĂ©nĂšrent le multimilliardaire doivent changer de rĂ©fĂ©rentiel. C’est maintenant le paysan bio, l’entrepreneur qui paie ses impĂŽts, celui qui fait le choix de ne jamais devenir milliardaire en redistribuant l’argent produit au fur et Ă  mesure de sa production, en impĂŽts, en salaires, en investissant dans les outils de production qui doit devenir notre nouveau hĂ©ros, que nous devons admirer. Mais ce changement de paradigme prend du temps. Alors devons-nous mettre en place une rĂ©volution marxienne : confisquer tous les outils de production et de transport ? Cette fois non pas pour mettre en place une dictature temporaire du prolĂ©tariat mais une dictature durable de la production raisonnĂ©e, Ă©cologique, durable. Facile Ă  dire, comment le faire ? Qui serait prĂȘt Ă  voter pour une personne dont toute la campagne serait basĂ©e sur une rĂ©duction de nos libertĂ©s individuelles, sur une rĂ©duction de notre libertĂ© de consommer, de nous dĂ©placer ? Personne, ou une minoritĂ© pas assez reprĂ©sentative. Pour pouvoir renverser la tendance il nous faudrait ĂȘtre, Ă  l’image des algĂ©riens en ce moment, des millions dans les rues Ă  rĂ©clamer un changement vers une politique d’intĂ©gration de l’humain dans son environnement et plus de domination. Nous devons reprendre notre place au sein de la nature et plus la considĂ©rer comme notre propriĂ©tĂ© que nous pouvons exploiter. Nous devons retourner Ă  l’intĂ©rieur de la nature et plus se considĂ©rer en dehors d’elle, ou supĂ©rieur Ă  elle.

Il ne faut jamais dire ‘je’ dans une dissertation ou une explication de texte, je choisis ici de le faire, pour donner un point de vue et non pas pour parler de ma petite personne qui, en tant que telle, n’a pas d’importance. Pendant 12 ans, j’ai reçu dans mon cabinet des personnes qui venaient se faire masser. Quel rapport entre la fin du monde et le massage-bien-ĂȘtre ? Et bien pas grand-chose et en mĂȘme temps j’avais trouvĂ©, pendant quelques annĂ©es, une forme de rĂ©ponse personnelle, utopique Ă  la question posĂ©e plus haut : quoi faire Ă  titre individuel face Ă  ce dĂ©sastre ? L’ĂȘtre humain, tellement attachĂ© au monde abstrait qu’il vĂ©nĂšre, en vient bien souvent Ă  oublier son propre corps. Mon expĂ©rience personnelle me montre que cela se traduit, chez les personnes qui sont passĂ©es sous mes doigts, par une dĂ©connexion entre la tĂȘte et le reste du corps. Bien sĂ»r, physiquement, notre corps inclus le visage, le crĂąne, les oreilles, pourtant en termes de conscience, de perception de soi, parmi les centaines de personnes que j’ai massĂ©es, une majoritĂ© perçoit en elle deux entitĂ©s : moi et mon corps. En effet, j’ai trĂšs souvent entendu des propos comme : j’ai mal mais ça va passer, il faut que je me repose mais je n’ai pas le temps, je sais bien que je devrais faire du sport, ça fait des mois que j’ai une douleur et je n’ai pas demandĂ© d’avis mĂ©dical ou encore c’est pĂ©nible ce corps qui ne fait pas ce que je veux. Toutes ces phrases ont en commun une chose : ce qui est perçu Ă  travers le corps est considĂ©rĂ© comme une information extĂ©rieure. Il y a le moi, qui je suis au sens ce que j’ai Ă  faire, ce que mon cerveau, ma pensĂ©e, mon sens des responsabilitĂ©s m’impose et Ă  cela je dois obĂ©ir, il y a une sorte de non-choix, de sensation d’obligation pour cet aspect-lĂ . Je dois travailler, je dois ĂȘtre Ă  l’heure, je dois respecter les conventions sociales, je dois gagner de l’argent. Et, de fait, c’est une rĂ©alité : pour vivre dans un monde oĂč tout est payant il faut avoir de l’argent, pour cela il faut travailler et pour garder son travail il faut ĂȘtre Ă  l’heure et respecter les conventions sociales. Pour autant pourquoi cela oblige-t-il Ă  mettre entre parenthĂšses les informations que notre corps nous envoie ? J’ai massĂ© des personnes riches, des personnes pauvres, des personnes issus des classes moyennes et la majoritĂ© ont la mĂȘme attitude : les informations de douleur, de fatigue, de sensibilitĂ© qu’envoie leur corps Ă  leur cerveau sont annexes et sont prises en compte aprĂšs, voir bien aprĂšs, les donnĂ©es de leur environnement extĂ©rieur. Et je suis d’ailleurs exactement comme tout le monde : en ce moment j’ai des Ă©tirements qui m’ont Ă©tĂ© prescrits quotidiennement, et j’oublie trĂšs souvent de les faire, je fais passer mon corps aprĂšs, au second plan.
Il ne s’agit pas bien sĂ»r ici de porter un jugement : nous faisons chacun de notre mieux au quotidien avec ce qui nous est accessible par notre Ă©ducation, notre environnement, nos capacitĂ©s personnelles. Il s’agit ici de voir la cohĂ©rence entre le monde global qui, parce qu’il s’intĂ©resse plus Ă  l’abstrait qu’au concret va droit dans le mur et le monde individuel tel que j’ai pu, Ă  ma toute petite Ă©chelle, en ĂȘtre tĂ©moin. Dans les deux cas c’est l’extĂ©rieur qui prime sur l’intĂ©rieur. Ce que nous sommes a moins d’importance que l’idĂ©e que nous nous faisons du monde ou de nous-mĂȘme. Et je n’avais absolument pas conscience de cela pendant mes 12 annĂ©es de massage, j’avais uniquement comme objectif d’aider Ă  faire sentir le corps. Je me disais que si je pouvais aider une personne, ne serait-ce que pendant quelques minutes, Ă  sentir la cohĂ©rence entre elle et son corps, Ă  sentir que son corps c’est elle, alors c’était une bonne journĂ©e. Bien sĂ»r cette action en tant que telle n’a pas grand intĂ©rĂȘt : un individu parmi des milliards qui rencontre un autre individu parmi des milliards, une conscience ou deux qui sont prĂ©sentes Ă  la totalitĂ© d’elles-mĂȘmes pendant quelques minutes ça n’a rien de rĂ©volutionnaire. D’autant plus que le massage existe depuis des milliers d’annĂ©es dans des cultures trĂšs anciennes comme la tradition indienne de l’AyurvĂ©da par exemple. L’idĂ©e ici est d’interroger la popularitĂ© croissance en France, en occident, des techniques de bien-ĂȘtre, des pratiques souvent qualifiĂ©es d’alternatives.
Il y a dans ces techniques alternatives beaucoup de mĂ©thodes dites â€˜Ă©nergĂ©tiques’ oĂč il s’agit non pas de toucher mais de sentir Ă  distance. Il est d’ailleurs intĂ©ressant de voir comment ses techniques revendiquent parfois une assise scientifique en invoquant la physique quantique. Le peu que j’ai compris de la physique quantique, c’est-Ă -dire presque rien, me montre que la probabilitĂ© que le reiki ou la mĂ©diumnitĂ© aient quoique ce soit Ă  voir avec la mĂ©canique quantique est proche de zĂ©ro, mais cela a-t-il de l’importance ? Tout comme Dieu est rĂ©el pour les personnes croyantes, la rĂ©alitĂ© de la ‘guĂ©rison’ obtenue par le biais du reiki, du rééquilibrage des chakras, de la libĂ©ration des Ăąmes ou tout autre mĂ©thode dite Ă©nergĂ©tique ou spirituelle peut ĂȘtre avĂ©rĂ©e pour une personne pour laquelle l’existence des chakras, des Ăąmes ou de l’énergĂ©tique est rĂ©elle. De mĂȘme, pour quelqu’un qui croit Ă  l’existence de la mĂ©moire de l’eau, l’homĂ©opathie est un mĂ©dicament et non pas un simple placĂ©bo. Pour autant, il me semble dangereux de faire s’opposer les pratiques alternatives et la science, la mĂ©decine : certes donner Ă  son enfant un peu d’arnica quand il se cogne peut le soulager par l’effet placĂ©bo et le rituel mis en place, pour autant prĂ©tendre soigner un cancer avec du reiki et de l’énergĂ©tique me semble criminel. Bien sĂ»r chacun est libre de croire en ce qui lui fait du bien, maintenant le manque de formation, de cadre dans ce monde du bien-ĂȘtre, de la ‘mĂ©decine alternative’ est parfois inquiĂ©tant. La facilitĂ© avec laquelle une personne ayant fait un week-end de formation s’auto-proclame ‘thĂ©rapeute’ est dĂ©concertante. Nous sommes trĂšs loin de l’ascĂšte juif dĂ©diĂ© Ă  la vie contemplative. S’il s’agit de soigner alors soigner quoi et pour quel rĂ©sultat, quel est la pratique sur laquelle tout cela s’appuie et quels en sont les fondements thĂ©oriques ? Il est parfois bien difficile de rĂ©pondre Ă  ces questions simples et lĂ©gitimes. Pourtant reprendre contact avec son corps, rĂ©intĂ©grer au sens individuel notre intĂ©rioritĂ© comme il faudrait rĂ©intĂ©grer l’intĂ©rieur de la nature au sens global est une direction intĂ©ressante. Les philosophes antiques observaient le monde qui les entouraient, en cherchaient les fondements, les principes pour les appliquer Ă  eux-mĂȘmes et Ă  la citĂ©. Il s’agissait non pas de thĂ©oriser seulement le monde mais bien d’appliquer Ă  l’homme l’ordre parfait du monde. Peut-ĂȘtre qu’une piste que nous sommes en train d’explorer est le cheminement inverse : observer l’intĂ©rieur de soi pour aller vers le monde.
Dans le monde occidental, en parallĂšle de l’argent, les mĂ©thodes asiatiques avec le yoga, le massage, la mĂ©ditation prennent de plus en plus de place. Il est devenu trĂšs tendance de faire du yoga, de la mĂ©ditation, d’ĂȘtre bouddhiste ou encore de se faire masser. La mĂ©ditation entre dans les cliniques et permet de diminuer les consĂ©quences nĂ©gatives post-opĂ©ratoires. MĂȘme les villes moyennes ou petites comme Grenoble regorgent de cours de yoga et de lieux pour se faire masser ou pratiquer la mĂ©ditation. Certes ces pratiques sont encore pour le moment l’apanage de la partie riche de la population, pourtant elles sont entrĂ©es dans les MJC, les maisons des jeunes et de la culture qui permettent d’accĂ©der Ă  des activitĂ©s Ă  des tarifs rĂ©duits. Ces activitĂ©s ont en commun de demander Ă  l’individu de se concentrer sur lui-mĂȘme, sur son corps pas en tant qu’outil de projection social mais en tant que personne, une sorte de rĂ©incarnation : je reprends possession de mon enveloppe corporelle ici et maintenant. C’est Ă©galement le cas avec les pratiques martiales comme le Tai-Chi, le Chi-kong, des pratiques lentes, centrĂ©es sur l’intĂ©rioritĂ© du corps. Et c’est bien ce que l’homme doit faire avec la planĂšte : reprendre conscience qu’il est Ă  l’intĂ©rieur de la nature, qu’il est une partie de la terre, qu’il appartient Ă  son environnement. Tout comme il y a identitĂ© entre moi et mon corps, il y a identitĂ© entre l’homme et la nature. Si mon corps n’est plus lĂ , je ne suis plus lĂ . C’est le principe du quadruple remĂšde, le tetrapharmacon d’Épicure : les dieux ne sont pas Ă  craindre, la mort n’est rien, il est facile de se procurer le bonheur, le mal est facile Ă  Ă©viter. La mort n’est rien parce que lorsqu’elle arrive je ne suis plus lĂ  or lorsque la mort est lĂ , le corps disparaĂźt, de dĂ©sagrĂšge. C’est la souffrance qui est crainte mais lĂ  encore : la mal est facile Ă  Ă©viter, autrement dit la souffrance physique n’est que temporaire et au pire dĂ©bouche sur la mort et ça n’est rien et le mal que nous commettons nous pouvons aisĂ©ment choisir de l’éviter. Si je n’ai donc plus peur de la souffrance physique, je peux l’accepter au lieu de la fuir absolument, si j’accepte la souffrance physique alors je peux ressentir la douleur et ainsi sentir la prĂ©sence de mon corps immĂ©diatement. Bien sĂ»r nous retirons notre main quand nous sentons la brĂ»lure mais est-ce que nous laissons venir Ă  notre conscience nos sensations de douleurs plus subtiles, est-ce que nous les regardons en face et les prenons pour des informations valables, importantes et Ă  partir desquelles nos actions doivent dĂ©couler ? Tout comme nous attendons de voir s’écrouler notre monde de maniĂšre brutale, terrifiante et immĂ©diatement prĂ©sente sous nos yeux avant de rĂ©agir, nous attendons de ressentir une douleur forte, impossible Ă  ignorer et persistante pour nous en occuper. Nous agissons envers nous-mĂȘme, notre corps exactement comme nous agissons envers notre nature : sans signal d’alarme fort, nous ne rĂ©agissons pas.

Donc il y a analogie semble-t-il entre nos attitudes particuliĂšres et notre attitude globale. Alors qu’est-ce qu’un signal fort Ă  l’échelle de la planĂšte ? Imaginons que l’information selon laquelle 70% du vivant a disparu sur les 40 derniĂšres annĂ©es ne soit pas accessible Ă  l’ensemble du monde, ce qui est certainement le cas, l’importance de ce chiffre rend inĂ©vitable une perception individuelle du dĂ©sastre, donc le signal fort est prĂ©sent. Il est vrai que, de fait, il y a presque 30 ans lorsque je passais mon permis de conduire, il me fallait m’arrĂȘter rĂ©guliĂšrement pour nettoyer mon pare-brise sur un long trajet : celui-ci avait coupĂ© la route Ă  de nombreux insectes et j’étais donc responsable d’une hĂ©catombe. Aujourd’hui ma voiture ne barre plus le chemin de personne sur des centaines de kilomĂštres : les insectes ont disparu. Si je me voyais vraiment comme partie intĂ©grante de la nature, alors les insectes seraient mes frĂšres, mes cousins, des membres de ma famille ou au minimum des membres d’un mĂȘme groupe que moi, le groupe des vivants. Cette conscience me rendrait profondĂ©ment triste, j’aurais l’impression d’avoir perdu une partie de moi-mĂȘme et avec cette conscience-lĂ , l’ensemble des humains serait dĂ©vastĂ© par cette tristesse et prendrait de toute urgence des mesures pour tenter de rendre leur juste place Ă  nos frĂšres insectes. Pourtant, comme la majoritĂ© des humains, je me sens trĂšs Ă©loignĂ©e des insectes et ça n’est qu’en faisant un effort de pensĂ©e, en Ă©crivant par exemple, comme je suis en train de la faire, que je peux sentir un lien avec eux, je ne sens pas ce lien spontanĂ©ment. Et c’est bien le problĂšme : la propretĂ© de mon pare-brise, chose inanimĂ©e construite par l’homme est quelque chose de pratique que je classe dans la catĂ©gorie des avantages pour moi alors que la rĂ©action normale serait la panique. J’emploie ici le mot normal au sens de ce qui est logique : la disparition d’une grande quantitĂ© d’espĂšces vivantes comme les insectes est un indicateur d’un environnement naturel nĂ©faste pour la vie, je vis dans cet espace, il serait donc logique, normal que la disparition de la vie m’effraie et me fasse craindre pour ma propre survie. Pourquoi ai-je besoin de tant de rĂ©flexion pour ĂȘtre paniquĂ©e par la disparition des insectes ? Parce que je suis sĂ©parĂ©e de mon corps, de ma nature, de mon environnement. Si, par mon logos, par ma rĂ©flexion, je reprends possession de mon corps, je rĂ©intĂšgre consciemment la rĂ©alitĂ© de mon corps, assemblage de molĂ©cules vivantes qui ont besoin, pour survivre d’un environnement adaptĂ©, alors je redeviens une part de la nature et lĂ  je pleure la disparition des insectes, lĂ  je suis terrifiĂ©e du monde que je laisse Ă  mes enfants, lĂ  je suis terrassĂ©e par ma sensation d’impuissance et lĂ  je sombre dans une profonde dĂ©pression dont je me sors en regardant une sĂ©rie amĂ©ricaine sur mon ordinateur.

Donc spontanĂ©ment l’homme n’a plus conscience de son corps, de sa rĂ©alitĂ© matĂ©rielle d’ĂȘtre vivant, il a besoin, pour en avoir conscience, de faire un effort de pensĂ©e, de rĂ©flexion. Une fois qu’il a rĂ©intĂ©grĂ© son corps, il prend Ă  nouveau conscience de son appartenance Ă  la nature, de son Ă©tat d’ĂȘtre vivant parmi une quantitĂ© importante d’autres ĂȘtres vivants. A ce moment-lĂ  il prend conscience de ce que reprĂ©sente ce chiffre un peu abstrait jusqu’à prĂ©sent : 70% du vivant a disparu dans les 40 derniĂšres annĂ©es. Il se rend compte qu’il a tuĂ©, sans s’en apercevoir, la majoritĂ© de sa famille, de ses frĂšres et il se sent alors tĂ©tanisĂ©, pris par la culpabilitĂ©, la souffrance, la tristesse, le dĂ©sespoir, il se voit comme un monstre et se sent incapable de trouver une solution. Je suis responsable et je ne peux rien faire. C’est trop dur Ă  supporter, il se rĂ©fugie dans ce qu’il connaĂźt, la sociĂ©tĂ© de consommation rassurante qui lui fait oublier son corps, oubliĂ© son Ă©tat d’ĂȘtre humain, oublier son Ă©tat d’ĂȘtre vivant et il peut retourner Ă  sa vie avec un niveau de tristesse acceptable, il peut respirer, marcher, vivre pour le moment, en attendant l’effondrement. Bien sĂ»r c’est pathĂ©tique, bien sĂ»r il se rend compte de son inutilitĂ©, bien sĂ»r il voudrait faire quelque chose, seulement il ne sait pas quoi faire : comment un petit humain peut faire face Ă  cette immensitĂ© dĂ©sastreuse. Alors il espĂšre, il signe des pĂ©titions, il marche, il parle autour de lui, il apprend Ă  ses enfants et il culpabilise un peu aussi de ne pas faire assez : c’est dur de lutter contre le dĂ©sespoir et d’agir, c’est dur de ne pas se laisser envahir par cette tristesse et de croire qu’il peut y avoir du ‘un peu moins pire’. Alors oui, nous allons tout droit vers la catastrophe, oui les petits gestes individuels ne suffisent pas et sont pourtant essentiels et oui parfois, comme dirait Blanche Gardin, on peut se dire que franchement, c’est une super invention le suicide et que c’est vraiment un truc Ă  garder ! Et pourtant quelle merveilleuse sensation que d’écouter des musiciens improviser ensemble et communiquer uniquement avec les yeux. Quelle beautĂ© de voir la lumiĂšre du soleil sur la montagne aprĂšs la pluie quand les contrastes sont tels que la moindre diffĂ©rence de couleur de la roche Ă©merveille. Et oui ça fait aussi du bien de se laisser emporter de temps en temps par le monde parfait et binaire d’une bonne sĂ©rie amĂ©ricaine. Une simple caresse sur la joue de mon enfant et toute la tristesse du monde disparaĂźt, et ne reste plus que la douceur, l’amour, l’incroyable certitude que rien ne pourra jamais venir ternir cet amour, ni la guerre, ni la mort, il sera lĂ , toujours. Oui nous sommes des ĂȘtres absolument merveilleux, respectables, adaptables, crĂ©atifs et crĂ©ateurs et oui nous sommes aussi, et je suis volontairement grossiĂšre, des merdeux irresponsables et inconsĂ©quents, des adolescents persuadĂ©s de tout savoir, de tout faire mieux que tout le monde. C’est comme ça et c’est peut-ĂȘtre en ayant de la tendresse pour cet adolescent et de l’admiration pour ce crĂ©ateur que nous pourrons rĂ©intĂ©grer notre corps, notre place dans la nature.